Depuis quelques années, le marché de la bière de microbrasserie se plaint de plusieurs maux : quand ce ne sont pas des problèmes avec des distributeurs, c’est le prix qui est trop élevé, ou encore l’espace tablette dans les épiceries qui est trop difficile à obtenir. La réponse à tout ce dédale se trouve peut-être dans une autre approche : le kegerator.
Un meilleur format pour répondre à la fin des tendances?
Comment trouver une rentabilité et une renommée qui nous assureront pérennité ? Pendant un long moment, j’ai eu l’impression que tout le monde essayait de faire « LA » bière : cette bière si distinctivement différente de tout ce qui se fait sur le marché ! Tout le monde était en quête de créer « LA BIÈRE », et on a assisté à une vague déferlante de saveurs et mélanges d’ingrédients tous plus funky les uns que les autres. On était à un pas d’assister à la naissance d’une « milkshake-imperial-stout-à-la-banane-trente-sous-roue-de-bécyk-et-queue-de-giraffe ». Heureusement, le balancier semble s’être arrêté juste avant et un retour à la base semble être en vue.
On semble revenir à la base, à des styles de bières que tout le monde connaît et auxquelles on s’identifie. On semble plus enclin à essayer de frapper en lieu sûr à chaque présence plutôt que de s’élancer pour le coup de circuit à chaque fois. Et je crois que c’est là que le secret du succès à long terme se cache : le produit de base bien exécuté qui a une saveur à laquelle le consommateur peut s’identifier en tant que buveur de bière.
On ne doit pas se mentir : de un, le buveur de bière québécois moyen n’est pas nécessairement un amateur et connaisseur de bière de microbrasserie : t’as beau avoir la meilleure west coast IPA au monde ; ça ne garantit en rien que Ti-Jean et ses chums vont acheter exclusivement ta bière à coup de caisse de 24 pour les 25 prochaines années même si ta microbrasserie est à 2 coins de rue de chez eux.

Une lager douce, bien exécutée avec une belle fraîcheur risque beaucoup plus d’accrocher un maximum de clients potentiels plutôt que d’essayer de créer la nouvelle façon de faire de la bière en 2024. Comme dans toutes les business, le gain est dans le « return customer » ; la fidélisation des clients à ton produit ou ton entreprise.
Pour parler d’un monde que je connais bien : en restauration, le pourcentage moyen qu’un client se présente à nouveau dans ton établissement après la première et la deuxième visite est entre 38 et 42 %. Par contre, à partir de la troisième visite, les statistiques sont entre 78 et 88 % de chance d’une nouvelle visite du dit client ! L’important est donc de fidéliser le client à ce qu’on fait ; comment ? En lui donnant les saveurs simples et réconfortantes qu’il connaît !
Évidemment, il vient aussi à un certain point dans l’équation la question du prix ! Les bières de microbrasserie sont, ce n’est un secret pour personne, plus chères au détail que les bières commerciales connues. Mais que fait-on pour réduire l’écart en alimentation, entre autres : on achète en gros des gros formats ! D’où la grande popularité des Costco de ce monde ! Qui a dit que cette option n’existait pas pour les bières de microbrasserie ? Il est peut-être temps d’arrêter de le voir comme un accessoire dans la « man cave » de rêve et de plutôt le voir comme un investissement : le Kegerator !
Le Kegerator est-il la solution aux problème de distribution des microbrasseries?
Oui, cette pompe à bière en fût à avoir à la maison. Emblème mythique et suprême de la man cave entourée de drapeaux du Canadien de Montréal, la lumière des buts Budweiser et quelques items autographiés par les légendes du Forum ! Mais ça pourrait simplement être la façon différente de consommer notre bière ! Je me suis personnellement équipé il y a quelques années.
Quelques recherches sur les sites de revente de seconde main ont suffi pour trouver les items de base : un mini-frigo, une tour à bière, une bonbonne de CO2. La tubulure et les adaptateurs pour les kegs peuvent se trouver dans les boutiques de fabrication de vin maison ou encore les Amazon de ce monde. Il est bien possible de trouver des kegerators officiels déjà tout équipés neufs.
Combien coûte un kegerator?
La facture est par contre salée dans les 700-800 $ plus taxes neuve et environ 500 $ de seconde main. Il est alors beaucoup plus long de rentabiliser son investissement. Pour le faire vous-même à partir de pièces détachées, environ 300 $ devrait suffire. Vous n’aurez alors qu’à trouver un endroit pour remplir votre bonbonne de gaz CO2 : les entreprises de remplissage d’extincteur de feu ou de bonbonne de Soda Stream.
Il ne vous restera ensuite qu’à contacter vos microbrasseries locales pour connaître les tarifs de leurs kegs ainsi que les grosseurs disponibles. Si comme moi vous optez pour le petit frigo, vous serez limité aux kegs de 20 L. Bien qu’il y ait beaucoup de choix, ce n’est pas le format le plus populaire.
Si vous optez pour transformer un frigo conventionnel, vous aurez la possibilité de mettre plusieurs pompes donc plusieurs types de bières différentes et aurez accès aux kegs de 30 L qui sont les formats les plus populaires et aurez un meilleur prix moyen pour la pinte de bière. J’ai la chance d’habiter en Montérégie sur la Rive-Sud de Montréal et d’avoir accès à plusieurs microbrasseries : LTM, KBC, Domaine Berthiaume, Boswell Brasserie, Le Bilboquet et d’avoir un marchand de bière qui peut commander des kegs d’un peu partout au Québec.

Quelles économies avec le kegerator?
Évidemment, cette dernière option est un peu plus coûteuse puisque le marchand prendra sa cote pour son travail. Sinon, en moyenne, pour les kegs de 20 L, vous payerez avec les taxes entre 110 et 165 $ selon la brasserie et la bière choisie. Il y a aussi une consigne sur le keg qui varie entre 40 $ et 100 $ que je n’ai pas calculée dans l’équation puisqu’elle vous sera remboursée une fois terminée, mais on se doit évidemment de la calculer dans la commande initiale.
Considérant que le keg de 20 L contient entre 40 et 42 pintes : votre bière vous revient entre 2,60 $ et 3,95 $ la pinte. C’est somme toute moitié prix de ce que vous payez la canette de 473 ml au détail ! De plus, de par mon expérience personnelle : la même bière en fût est souvent bonifiée comparée à la version en canette !
Est-ce que c’est la solution ? Les microbrasseries devraient-elles mettre de l’avant l’option d’acheter leurs bières en kegs grand format ? Ça reste à voir ! Ceci dit, c’est une solution beaucoup plus abordable et beaucoup moins farfelue que ce que l’on pourrait penser.
Si vous avez des questions sur les kegerators, il me fera plaisir de vous partager mes connaissances, n’hésitez pas à me contacter sur Facebook ou Instagram !

Roger Hang Hong, « Le Crazy Chef », est cuisinier depuis plus de 25 ans. Il dirige Chef Maison, compagnie qui offre des plats cuisinés sur la Montérégie et la Rive-Sud de Montréal à prix modique. Il anime également le podcast Aliment Passion qui met en avant les produits et producteurs locaux du Québec.


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