En juillet 2024, la microbrasserie Boswell dévoilait une grande surprise : un style de bière peu courant datant de 1940. Cette exclusivité historique a pour nom Cream Porter. La bière originale trouve ses origines en Irlande et aurait longtemps été populaire chez les soldats britanniques.
D’ou vient la Cream Porter?
Il est difficile de savoir de quand date la bière, tout comme de connaître de manière exacte les ingrédients qui ont été utilisés pour son élaboration. Le terme « Cream Porter » lui-même est rare dans la littérature.
Comme le fondateur de la brasserie, Joseph Knight Boswell, était un immigrant irlandais dans une colonie britannique, il est probable que sa Cream Porter ait été un porter anglais plutôt classique – inspiré du patrimoine brassicole du brasseur et de ce que l’on pouvait consommer alors en Angleterre. En ce sens, « Cream Porter » pourrait tout simplement désigner un porter anglais à la texture plus soyeuse que la normale.

Boswell a demandé aux Labos Brassicoles de nous éclairer sur les origines de cette porter mystérieuse:
Pour ce qui est des ingrédients et des méthodes de fabrication, The National Breweries Limited, alors propriétaire de Boswell, semblait utiliser, pour l’ensemble de ses recettes (IPA, Porter, Export Ale et la Dow), de l’orge malté, 7 variétés de houblons ainsi que du sucre dans l’élaboration de ses produits. Il n’y a pas mention de blé ou d’avoine dans les ingrédients.
Le Porter n’étant pas un style traditionnellement houblonné, il est certain que les 7 houblons ne se retrouvaient pas tous dans le Porter. On pense plutôt que celui-ci contenait une variété de houblons classiques disponibles en Amérique du Nord à l’époque, tels que le Fuggle ou le Cluster. Quant aux grains, il est probable que le Porter de Boswell s’inscrivait dans la tradition irlandaise en utilisant un mélange de malt de base et de malt torréfié uniquement.
Pourquoi relancer un style historique?
Le projet a commencé à germer dans l’esprit des copropriétaires de Boswell, Philippe St-Cyr et de Nicolas Paquet, après avoir reçu en cadeau une bouteille encore scellée de Cream Porter, brassée par la Boswell Brewery (Ville de Québec, 1852). Les deux hommes se sont allés tournés vers leurs brasseurs, Julien Savoie, Antoine Lagouarde-Paquette, avec le défi de recréer le plus fidèlement possible cette recette d’une autre époque.
L’analyse
Grâce à l’équipe de microbiologistes et de chimistes du Labo Solutions Brassicoles, des analyses historique, chimique et sensorielle sont effectuées et permettent de développer une formulation crédible de ce produit créé il y a plus de 75 ans.
Le résultat de ces démarches, une Cream Porter soyeuse et délicatement chocolatée, est servie en fût à la brasserie de Montréal (2407, Avenue du Mont-Royal E.) et de Saint-Bruno-de-Montarville (42 Boulevard Clairevue Ouest). Elle est aussi disponible en canette dans l’un des nombreux dépanneurs spécialisés participants.
Boswell au coeur de l’histoire
Si la brasserie évoque autant d’histoire, c’est qu’elle est solidement ancrée dans la tradition brassicole du Québec. Bâtie sur les ruines de la première brasserie historique du pays, Boswell a longtemps été associée à la bière de la capitale nationale. C’est l’intendant Jean Talon qui ouvrit le chantier avec l’ambition de fournir un débouché pour les fermes françaises en Amérique du Nord et exporter jusqu’aux Caraïbes.
Malheureusement, faute de marché, la brasserie sombre dans l’oubli avant de passer aux flammes un peu après la bataille des Plaines d’Abraham. Sous le régime anglais, on y construisit une brasserie bientôt rachetée par Joseph Boswell. Au début du 19e siècle, la National Breweries LTD, qui a racheté Boswell, donne même des tours dans les fameuses « voûtes de Jean Talon » à un tourisme brassicole émergent.

La brasserie Boswell aujourd’hui
Situé en plein cœur du Plateau Est, sur l’avenue Mont-Royal, Boswell a vu le jour en octobre 2015. Depuis, il s’est établi comme un bar de quartier ayant pour mission de créer des produits brassicoles de grande qualité, de partager sa passion pour la bière artisanale et de faire rayonner les produits québécois au sein de la communauté montréalaise. Une deuxième succursale a ouvert ses portes en 2023 au centre-ville de Saint-Bruno-de-Montarville.

Pierre-Olivier Bussières : chroniqueur pigiste et analyste de risque, Pierre s’intéresse aux marchés de l’alcool et aux technologies disruptives. Il a notamment écrit pour Global Risk Insights, the Diplomate, La Montagne des Dieux, Diplomatie, Reflets et Impact Campus. Il est aussi copropriétaire du studio de balado Uber Flix et du site de technologies Uber Optimized.


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