La consommation de bière est estimée à 200 milliards de litres par an. C’est un chiffre de production mondiale qui laisse présager un marché en pleine croissance. En concurrence avec le vin, les consommateurs continuent d’apprécier la saveur de cette boisson fermentée.
Les grandes tendances de la bière au congrès de l’AMBQ
Le Temps d’une Bière était au congrès de l’Association des Microbrasseries du Québec en november 2024 et a parlé à plusieurs observateurs vétérans de l’industrie. Les grandes leçons qui suivent ont été par la suite validées avec plusieurs intervenants, de la filière brassicole aux détaillants à travers la province:
Voici un résumé des grandes tendances observées dans le marché de la bière artisanale en 2024 :
- Retour aux valeurs sûres : Les consommateurs délaissent l’audace au profit de produits familiers et abordables. Les achats mixtes (3 bières connues + 1 découverte) dominent, signe d’un comportement plus prudent face à l’inflation.
- Marques phares en tête : La Brasserie du Bas-Canada et Messorem s’imposent par leur constance. Avec Menaud, Grands-Bois et À la Dérive, elles dominent les ventes dans de nombreuses régions du Québec.
- Montée des styles simples : Les bières légères comme la Lager mexicaine (ex. la Muchacha de Saint-Arnould) gagnent en popularité, remplaçant progressivement les IPA complexes auprès d’un public en quête de fraîcheur et simplicité.
- Recherche du meilleur rapport qualité-prix : Les microbrasseries comme Les 4 Origines, Dieu du Ciel!, et La Souche proposent des produits bien notés autour de 3 à 4,50 $, très prisés dans un contexte économique tendu.
- Renaissance des classiques : En réaction à la hausse des coûts du houblon, les brasseries misent sur des recettes éprouvées (Blondes, Blanches, Rousses) à prix modéré. Une tendance renforcée par la lassitude vis-à-vis de la surabondance des IPA.
Lire l’article complet sur le marché de la microbrasserie et les défis de la microbrasserie au Québec.
Ce breuvage est sans doute le plus connu et le plus répandu au monde. Son ancienneté, son histoire symbolique et son goût particulier ne font qu’accentuer le plaisir de chaque amateur. Au cours des années qui ont suivi, des générations ont vu bon se succéder de nombreux profils aromatiques de bière.

L’Évolution de la bière dans le monde
Après l’eau et le thé, la bière est l’une des boissons fermentées les plus attrayantes. En 2022, la production mondiale de bière s’est élevée à environ 1,89 million d’hectolitres. Alors que la lager continue de prendre la part du lion avec près de 95% du marché mondial, les styles comme la rousse, le stout et la bière blanche (de blé) sont également de plus en plus populaires.
Hélas, l’Amérique du Nord, avec les États-Unis au premier rang, connaissent un marché saturé après le succès de centaines de microbrasseries ayant passé à l’échelle commerciale. La bière artisanale demeure nettement plus populaire chez le voisin américain, où elle constitue près de 24% du marché de la bière, contrairement à moins de 15% pour le Canada.

Au Canada, l’Ontario et le Québec se disputent le premier rang au nombre des microbrasseries, mais cette concurence masque un nombre important de fermetures et un marché stagnant.
L’explosion du secteur de vente de bière touche des continents et des populations comme les Etats-Unis et l’Europe. En effet, les microbrasseries se développent aux États-Unis en 1980 puis, beaucoup plus récemment, en France .
Les grandes entreprises de fabrication font connaître leurs spécialités dans les rues et étendent leur production partout, même dans les pays pauvres. Si l’on pousse l’analyse un peu plus loin, on constate que l’activité agricole tire un bénéfice du succès de la bière. En associant la production des ingrédients indispensables à l’économie, l’univers de la brasserie tire l’agriculture vers le haut, d’autant plus que les plantes utilisées sont d’une grande valeur, les terres d’origines sont loin de décliner.

Quel avenir pour les bières sans alcool?
Les boissons faibles en alcool sont étonnamment les plus demandées mais restent un segment infime de la consommation totale.
Plusieurs facteurs conspirent pour faire monter la demande de la bière sans alcool : la préférence des générations Z et Alpha pour l’expérience, la compétition avec les autres drogues légales et la sensibilisation aigue des nouvelles générations pour les thématiques de santé. Les jeunex cherchent de plus en plus l’expérience de la boisson, mais semblent plus soucieux de l’ambiance et de l’environnement que l’enivrement lui-même.
Deux tendances émergent : les brasseries commerciales ont presque toutes développée une version sans alcool de leur bière vedette – la Guinness sans alcool est étonnament bonne – ou ont mis les coudées doubles sur la production de bière à 2 à 3%.
Le marché de la bière sans alcool va certainement continuer de monter. Il s’oriente vers des produits de meilleure qualité. En 2012, il était estimé à 520 milliards de dollars. Juste avant la crise pandémique, l’estimation était de 600 milliards de dollars. Et d’ici 2026, le chiffre d’affaires devrait atteindre les 670 milliards de dollars.
Quant à la tendance dans ce secteur, on note l’importance des réglementations locales. Par ailleurs, on constate une préoccupation croissante pour la santé et le bien-être, tant chez les générations plus âgées que chez les jeunes. La clientèle se féminise également, ce qui pousse vers de nouveaux créneaux comme la bière biologique, sans alcool ou encore à faible calorie. Aussi, la premiumisation pour des consommateurs plus exigeants avec des produits plus diversifiés.
La concurrence internationale
Tout le monde peut brasser de la bière chez soi à partir des ingrédients de base. Cette activité est tellement accessible qu’économiquement, il est nécessaire de produire dans des sites proches du lieu de consommation. En effet, de nombreuses marques mondiales sont impliquées dans des systèmes de licences. Les grands fabricants représentent une part de marché considérable à l’échelle mondiale :
- Anheuser-Busch InBev
- Molson Coors
- Heineken
- Boston Beer Company
- Constellation Brands
- SABMiller
- Carlsberg Group
Concernant les volumes, la consommation de bière engendre une stagnation depuis 10 ans avec 1 %.
Une augmentation de consommation en France
L’offre de bières françaises augmente et dépasse celle du Royaume-Uni. Si la France ne comptait que 246 brasseries en 2006, on en compte plus de 2000 en 2020. Prenant en compte l’écologie et l’ancienne tradition de fabrication, les brasseurs français mettent en avant les produits du territoire. En moyenne, la consommation était de 30 litres en 2015, et de 32 litres en 2019. Cependant, elle est encore loin d’atteindre la moyenne européenne de 70 litres par an.
La brasserie artisanale domine
La grande tendance actuelle est de fabriquer des bières à partir de matières premières uniquement locales. Les marchés de bières artisanales sont en pleine croissance! En quelques années, les Alpes ont conquis une grande place en terme commerciale. De plus, elles répondent à une demande des consommateurs pour des produits locaux. C’est en France que la recette traditionnelle de la bière se généralise : malt, orge, riz, houblon, levure, eau. Notons que ce pays d’Europe occidental est le premier exportateur mondial de malt.
Les bières industrielles ne plaisent plus à tout le monde malgré l’offre importante disponible. En effet, les consommateurs de bière veulent surtout saisir l’occasion puisqu’ils peuvent désormais développer leur palais et ajouter leurs arômes de choix dans la bière artisanale. Les artisans brasseurs véhiculent l’authenticité et l’originalité de la bière locale. La progression est de 6 % au cours des 6 dernière années et le marché de la bière artisanale est de 3 %. Aussi, les brasseries artisanales augmentent chaque année, surtout depuis 2013.

Pierre-Olivier Bussières : chroniqueur pigiste et analyste de risque, Pierre s’intéresse aux marchés de l’alcool et aux technologies disruptives. Il a notamment écrit pour Global Risk Insights, the Diplomate, La Montagne des Dieux, Diplomatie, Reflets et Impact Campus.


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