Je me suis lancée en décembre 2023 et en janvier 2024 dans le projet un peu fou de déterminer mes porters favoris dans la production québécoise. Quelle entreprise mais quel exercice délicieux! J’en éprouvai beaucoup de plaisir et j’appris beaucoup du même coup! Je vous livre donc ici le fruit de mes recherches et j’espère vous donner soif de ces belles bières bien brunes bien brassées! Voici donc mon top 5 des meilleurs porters du Québec!
Qu’est-ce qu’une bière Porter?
Le mot « porter », datant de 1726, désigne une bière brune d’origine anglaise, assez amère, dans sa définition la plus sommaire et sa plus simple (Robert).
L’expression « porter’s ale » signifie bière de portefaix, c’est-à-dire bière des personnes qui faisaient métier de porter des fardeaux. L’Histoire nous rappelle donc qu’il s’agit d’une bière de prolétaires, d’ouvriers. Toujours selon la petite histoire du porter, la bière brune se devait d’abreuver, de rafraîchir et de « nourrir » à la fois les travailleurs vaillants, actifs et assoifés. On emploie le mot porter au masculin.
Dans Les Saveurs gastronomiques de la bière, on utilise également les appellations Brown Porter, London Porter et Robust Porter pour désigner ce style tout en mentionnant et je cite, qu’« il est franchement ardu de distinguer Porter et Stout de nos jours. C’est souvent l’appellation privilégiée par le brasseur, sur son étiquette, qui a préséance ». On s’en gardera donc et respecterons le style déterminé par les brasseurs, par les brasseuses et par les brasseries pour l’exercice de dégustation qui suit.
Top Cinq des Porters des microbrasseries du Québec
J’en ai bu et j’en ai bu, des porters au cours des deux derniers mois. Plusieurs dizaines, avec l’aide de mes amis bien sûr, évidemment. Pour la méthodologie, il a fallu toutefois que les bières de ma liste soient disponibles, bien distribuées et non uniquement servies en fût, sur place, de manière rarissime. C’est dans cet échantillon que j’ai principalement étanché ma soif.

Porter #1: L’ÉTOILE NOIRE, L’Octant

L’Étoile Noire de l’Octant, la microbrasserie de Rimouski, est celle que j’ai préférée. Numéro 1! C’est un porter Américain fermenté avec une levure anglaise. Elle est forte et visuellement, elle s’affiche noire rougeoyante. On y retrouve des notes fruitées, de torréfaction. La viscosité, l’onctuosité supportent bien un goût de chocolat noir, très présent.
La bière, en fin de parcours, fermente sur un grué de cacao. Pas étonnant qu’elle soit si majestueuse. Cette description peut sembler lourde : il n’en est rien. Aisément buvable, bien costaude, avec un titrage à 6%. Elle est au sommet de mon palmarès. Une grande réussite.
Porter #2: PORTER BALTIQUE, Mille Îles & Maltstrom

En seconde position de ce classement, fruit d’une collaboration entre Mille Îles et Maltstrom, on travaille fort sur le malt ici, notamment avec l’emploi de malts Pilsner, Munich, Kiln Coffe, Medium Crystal, Blackprinz et Chocolat. En résulte une complexité céréalière et gustative surprenante. Des notes de pain rôti douces, délicates. Des saveurs sirupeuses de chocolat s’expriment et en sourdine, une rondeur quasi vineuse est bien là, fruitée, au loin. C’est superbe, un très beau produit bien exécuté, titrant, quant à lui, 8.1%
Porter #3: PORTER BALTIQUE, Beauregard brasserie distillerie

Au troisième rang, ma bière de semaine, voire quotidienne, le Porter Baltique – lager noire de Beauregard, brasserie distillerie. Je salue au passage la créativité et l’innovation de cette brasserie qui tente le coup et les combinaisons avec les belles bières bien foncées, leur créneau.
Étonnamment, c’est avec cette petite can de Lager Noire à 7.7% que j’ai trouvé le plus de plaisir, loin des Noires pâtissières, des desserts et de la guimauve ou de la noix de coco (il n’y a rien de mal à cela), j’ai savouré la dualité richesse maltée et torréfiée/limpidité, buvabilité de la lager. Cette belle lager de robe noire m’a séduite, facile à boire, goûteuse mais rafraîchissante. Effervescente. C’est avec simplicité qu’elle exprime tous ses charmes. Superbe! J’en boirais à tous les jours, vraiment!

Porter #4: PORTER BALTIQUE, La Grande cuvée, Les Trois mousquetaires

Difficile d’aborder le sujet des porters sans mentionner au passage le travail colossal effectué par Les Trois Mousquetaires. Ici aussi, dans toutes les déclinaisons possibles et dans toutes les cuvées, on retrouve de petites distinctions fort intéressantes qui permettent d’explorer le style du porter baltique, bien riche.
C’est bien grillé, je vous l’assure. On mise sur la saveur sans retenue, qui s’appuie sur une texture riche. Un petit déjeuner complet, céréalier et sucré. À découvrir si vous ne connaissez pas. À vous procurer en quelques éditions, si le budget vous le permet, afin de réitérer l’expérience au fil des années, pendant 3-4 ans après le lancement d’origine. Pour la science, bien sûr!
Porter #5: NO.13 TENNESSEE, Pit Caribou

Il m’est également difficile de ne pas clore ce palmarès sans mentionner le travail de la microbrasserie Pit Caribou de l’Anse-à-Beaufils. Son travail sur les porters est colossal. Ne serait-ce qu’avec son édition de base, le Robust Porter de chez Pit Caribou est un bon début. Production stable, malts riches, bien rôtis.
Ma version préférée reste néanmoins l’Imperial Porter No. 13 Tennessee, en raison de l’affinement en barrique de whisky templeton qui a duré 6 mois. C’est un produit rond, complexe, titrant 10%. Ce porter est bien boisé, bien chocolaté et les effluves de spiritueux arrondissent la bière, ténébreuse à souhait.
Enfin, il est tout à fait impensable également de ne pas goûter, dans notre lancée, au Kriek Porter de Pit Caribou, cette fois-ci réalisé avec en en plus des cerises griottes, nous rappelant les saveurs du forêt noire! À essayer si vous ne connaissez pas : l’acidité franche des cerises et leur caractère fruité explosent à la rencontre des notes chocolatées. Un vrai dessert.
Pour conclure
Choisir entre toutes les déclinaisons possibles des porters a été une expérience très agréable et qui accompagne bien les jours obscurs de l’hiver. Que vous aimiez vos bières brunes plus rafraîchissantes ou plus nourrissantes, je suis certaine que vous trouverez d’excellentes suggestions en vous rendant chez vos conseillers spécialisés en bières de microbrasseries québécoises! Un style définitivement à explorer

Paule Gosselin est collaboratrice à la revue Bière et Plaisir et auteur de la Fleur du Malt. Enthousiaste professeure de littérature, passionnée par la bière, ses ingrédients et sa fabrication artisanale, adore par-dessus tout partager son amour des excellents produits brassicoles par le biais de l’écriture.



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