Cinq ans de beaux regards
Nous sommes dans le petit salon de dégustation, entourés de boîtes et de boîtes de stouts. Un « B » géant occupe magistralement le mur du fond, avec à ses pieds une légion de bouteilles exclusives. Du côté de la brasserie, un énorme alambic illumine la deuxième vocation de l’établissement, qui verse autant dans le spiritueux que dans la bière. La lumière de novembre brille tant bien que mal à travers de lourds nuages. Marc-André Fortin, tout sourire, m’accueille. Il a racheté la brasserie-distillerie Beauregard il y a un peu plus d’un an.
Je prends Marc-André entre deux brassins en plein début du temps des fêtes. Marc-André me sert ma première bière, un stout bien crémeux à l’orange. Le goût de l’orange, d’abord entièrement camouflé par l’onctuosité du stout, finit par se révéler comme un long fil qui danse sur mes papilles gustatives. C’est une finale en douceur, sans amertume, juste un soupçon de zeste pour conclure une délicieuse gorgée.

Qu’est-ce que c’est Beauregard?
Il y a quelques semaines, Beauregard célébrait son cinquième anniversaire. La petite brasserie de Rosemont s’est forgée une belle réputation dans l’obscur domaine de la bière noire. À travers de modestes brassins, de grands rêves prennent forme. Beauregard produit des quantités allant de 500 à 2000 litres. C’est peu, mais les résultats sont là. La fraîcheur est une priorité, me dit Marc-André. Son équipe et lui préfèrent proposer des petites quantités qui se vendent rapidement, sans compromettre la moindre molécule de saveur.
Revenons aux débuts de la brasserie, en 2018. À la base, c’étaient trois propriétaires qui se sont donné le défi de faire toutes les bières noires. Pas toutes les bières, pas toutes les bières noires, mais toutes les bières dans une version noire. Pardon, me direz-vous? Oui oui, les gars avaient conscience du fait qu’ils allaient à contre-courant. Mais c’était justement l’ambition du projet. Coup de génie ou folie assumée?
Toujours est-il que Beauregard est devenue aujourd’hui une véritable référence en matière de Stout. Le Temps d’une Bière a consulté les experts, les détaillants et le vote populaire : Beauregard est à côté des grands comme Les Trois Mousquetaires et Dieu du Ciel! qui défient eux aussi la tendance IPA avec de splendides boissons fumées, finement balancées et outrageusement délicieuses.

Mettre la lumière sur le Stout
Mais pourquoi? Qu’est-ce qui a mis Beauregard sur la carte? Surtout à l’heure de la New England IPA qui ratisse près de 40% des volumes de vente en microbrasserie. Ne pas s’engager sur l’avenue royale de la bière tropicale ne semble pas, a priori, être la meilleure façon de survivre.
Beauregard a frappé fort avec de la bière noire et forte en tentant, pour un temps, de recréer différents styles du côté obscur de la broue, avant de trouver sa zone confort entre des bières expérimentales noires bien dosées et une offre de bière plus claire avec une signature propre.
La Old Fashioned, deuxième bière que Pierre-André Fortin a mise en vente, est l’un des meilleurs vendeurs de Beauregard. À la première gorgée, ce stout s’impose catégoriquement comme mon préféré. C’est justement. Fidèle à son nom et à la tradition, cette bière sans prétention offre tous les délices d’une bière bien équilibrée. La bière tient le rang très défendable de 4.1 sur Untappd (en date de novembre 2023).

Mais ça n’a pas toujours été aussi simple, et l’entreprise de Rosemont a dû passer à travers plusieurs défis. En 5 ans, Beauregard a vu trois propriétaires et une rotation à presque 100% du personnel. C’est le cas de le dire, la brasserie s’est bel et bien réinventée.
Entre bière et liqueurs
Marc-André attire à nouveau mon regard vers l’alambic qui trône fièrement au fond de la brasserie. La distillation aussi, c’est du sérieux. Marc-André affirme que Beauregard distille du grain au moulin. Traduction pour les nouveaux : Beauregard n’achète pas d’alcool neutre, un procédé industriel qui permet de faire des économies d’échelle. Au contraire, Marc-André recycle les bières imparfaites en les distillant.
Beauregard se spécialise dans les gins aromatisés, une autre splendeur de l’offre distillée québécoise. Pour l’occasion, les gins mettent en valeur le processus brassicole. Pensons notamment au gin noir, dont la couleur provient de la macération à froid de grains de spécialité.

Regard sobre sur la bière
Marc-André regrette la récente disparition de MaBrasserie. La coopérative de Montréal offrait ses locaux à de nombreuses microbrasseries sur l’île de Montréal et au-delà. Dans un marché serré avec plus de 330 brasseries, MaBrasserie était l’incarnation de la collaboration.
Isle de Garde et Brewpub Brouehaha y brassaient notamment leur bière. C’est aussi là que Beauregard faisait laver ses fûts. Inversement, la coopérative était venue brasser à Beauregard après un bris d’équipement sur leur chaudière. Ultimement, ce sont les hauts coûts du loyer et la conjoncture économique qui ont causé la fermeture de la bien-aimée MaBrasserie.
Top Cinq de Bières de la Microbrasserie Beauregard
Le Temps d’une Bière a compilé pour vous les cinq meilleures bières de Beauregard, d’après le vote populaire de Untappd.
- Framboise Noire
- Style: Sour – Fruited
- ABV (Alcohol By Volume): 5.7%
- IBU (International Bitterness Units): 10
- Note Untappd: 3.91
- Stout aux Arachides
- Style: Stout – Other
- ABV: 7.5%
- IBU: 20
- Note Untappd: 3.748
- Impériale Caramel Salé
- Style: Stout – Imperial / Double Pastry
- ABV: 9%
- IBU: 40
- Note Untappd: 4.11
- Old Fashioned (2023)
- Style: Stout – Imperial / Double
- ABV: 11.9%
- IBU: 35
- Note Untappd: 4.103
- Impériale Framboise Noire
- Style: Porter – Imperial / Double
- ABV: 8.8%
- IBU: 25
- Note Untappd: 3.934


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