En quelque part, c’est toujours le temps d’une bière, et il y a toujours une raison de boire à la santé de quelqu’un, mais boire une bière n’est pas nécessairement santé. D’après des études exhaustives dans la dernière décennie, la bière ne serait pas santé du tout.

L’alcool pourrait être encore plus dangereux que vous ne le pensiez. Selon une étude de 2023 Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS), révise à la baisse les seuils de risque liés à l’alcool en indiquant par exemple que deux à trois à six verres standards constituait un niveau de risque modéré. Cela fait suite au prestigieux journal britannique le Lancet qui disait sans équivoque en 2018 que la seule quantité sécuritaire était « 0 ».

D’un autre côté, il existe un vaste corps de littérature associant une consommation modérée d’alcool avec une plus longue longévité. Selon plusieurs archéologues et historiens, l’adoption de rituels liés à l’alcool serait même à l’origine de la civilisation.

À cela vient s’ajouter la question des comorbidités : est-ce l’alcool qui cause bel et bien les problèmes de santé, ou sont-ils plutôt exacerbés par des problèmes déjà existants? Et que veut dire une consommation modérée? Si l’alcool est véritablement un poison, comment défendre sa consommation à titre de troisième boisson la plus populaire sur la planète? Les non-buveurs ont-ils véritablement une meilleure espérance de vie? Commen pourrait-on le savoir?

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Qu’est-ce que l’alcool?

Avant même de parler de bière, de vin ou de liqueur, et des différents risques associés à différents niveaux de consommation, il faut comprendre ce qu’est l’alcool. L’alcool éthylique est une molécule composée de deux atomes de carbone liés (C), l’un portant trois atomes d’hydrogène (H), l’autre deux atomes d’hydrogène et une fonction hydroxyle (OH). À cet égard, on pourrait dire que l’alcool est un hydrocarbure dans la même catégorie du pétrole.

Quand vous picoler votre bière ou sirotez votre whisky, l’alcool traverse rapidement toutes les membranes cellulaires, y compris celles du cerveau, où il commence à altérer les fonctions normales des neurotransmetteurs. C’est une rareté chez les drogues : il y en a peu qui font un tel remue-ménage aussi loin et avec si peu de retenue. Cette perturbation initiale entraîne la sensation d’euphorie et de désinhibition souvent associée à la consommation d’alcool.

Que se passe-t-il quand on boit de l’alcool?

L’ébriété, ou l’état d’intoxication, est causée par l’impact de l’alcool sur le système nerveux central, où il perturbe la communication entre les neurones. Cela ralentit les réactions, affecte le jugement et diminue la coordination motrice. Ce phénomène est intensifié par la production d’acétaldéhyde, un sous-produit du métabolisme de l’alcool dans le foie, qui est hautement toxique et contribue aux symptômes désagréables de la gueule de bois, comme les maux de tête et les nausées.

À court terme, l’acétaldéhyde peut provoquer une inflammation des tissus et une sensation de malaise général. À long terme, une exposition régulière à cette molécule peut endommager les cellules du foie, du cerveau et d’autres organes vitaux, augmentant ainsi les risques de maladies chroniques comme la cirrhose, certains types de cancers, et des troubles cognitifs. Contrairement à ce qu’on dit quand on toast, on ne se donne pas tant de santé…

Saviez-vous?

Le corps métabolise l’alcool pratiquement dès qu’il entre en contact avec lui. L’acétaldéhyde, un poison fatal, est transformé par le foie en acétone.

Si tout ça est vraiment, peut-on tout de même dire qu’il y a des bienfaits à la bière ou à l’alcool en général? Pour répondre à la question, il faut prendre un grand pas en arrière.

Les nutriments de la bière

Mais si on prends un énorme pas en arrière dans la vaste épopée humaine, on remarque que la bière, le vin, les libations, les festins, les beuveries rituelles sont presque aussi vieilles que notre monde. Les historiens Solomon Katz et Mary Voigt, de l’Université de Pensylvanie, soutiennent par exemple que le brassage a servi de catalyste a la civilisation, une thèse qui a été fameusement défendue dans le symposium de 1953 « Beer Before Bread » sous l’impulsion de l’archéologiste Robert Braidwood. Plus récemment, James C Scott s’est attaqué à l’argument de l’adoption volontaire de l’agriculture comme catalyste de l’État dans « Homo domesticus : une histoire profonde des premiers états ».

Si la bière est si puissamment associée à la santé, c’est d’abord qu’elle fût longtemps bien meilleure que tout ce qu’il y avait d’autre n’importe ou sur la table. Selon le biérologue québécois Mario D’Eer, la bière offrait une garantie d’eau plus ou moins potable grâce à l’alcool germicide de même que de très précieux nutriments qui faisaient cruellement défaut à la diète antique. Et ces nutriments faisaient une grande différence.

Pour mieux comprendre l’impact du passage à l’agriculture sur la santé des premiers sédentaires, prenons l’exemple du fer, un élément essentiel pour notre organisme. Avant la sédentarisation, les chasseurs-cueilleurs obtenaient une grande partie de leur fer à partir de la viande qu’ils consommaient. Avec l’arrivée de l’agriculture, la diminution des produits de la chasse, riches en fer, a entraîné des carences notables, surtout chez les femmes, déjà plus vulnérables en raison des pertes de sang menstruelles.

Le fer est crucial pour le transport de l’oxygène, la production d’énergie, le fonctionnement du cerveau et le système immunitaire. Cependant, ironiquement, les céréales qui composaient désormais la majeure partie de leur alimentation aggravaient ce problème. En effet, ces céréales contiennent des inhibiteurs comme les phytates, qui limitent l’absorption du fer par l’organisme.

Pourquoi parler de fer dans un article sur la bière? Pour vous éviter une longue liste de carence avec un exemple frappant : sels, minéraux et vitamines. La diète néolithique, pour ceux que les proto-états ont attaché à la terre, n’était pas un tout inclu. Loin de là. Et à cela faut-il ajouter les nombreuses maladies nouvelles issues des grandes agglomérations d’humains et d’animaux.

Des produits alcoolisés tels que la bière et notamment l’hydromel étaient couramment utilisés comme instruments de guérison en raison non seulement de leur valeur nutritive ajoutée, mais bien évidemment en raison de leur stérilité relative. On utilisait précisément les vertus bactéricides de l’alcool pour prévenir et guérir.

Revenons un peu sur ces fameux nutriments. Il existe un autre facteur que l’alcool dans la bière qui élève son apport nutritionnel, et ce d’une façon remarquable : la levure.

La levure qu’elle contient généralement est très riche en vitamines du complexe B : B1 (thiamine), B2 (riboflavine), B6 (pyroxène) et PP (acide nicotinique). La bière renferme aussi des principes énergétiques : acides aminés, dextrines, glucides et maltose. En d’autres mots : des calories.

Fabriquée à partir d’eau et de grains, elle constitue effectivement une bonne source de vitamines et de matières nutritives. Puisqu’il s’agissait avant tout d’un aliment, on y ajoutait une grande quantité d’ingrédients, y compris des plantes, dans le but de soulager certaines maladies et même d’adoucir, sinon de prévenir, la mort. Elle a donc servi à élaborer des décoctions plus ou moins saugrenues et plus ou moins curatives.

Les bienfatis du houblon

Le houblon joue un rôle significatif dans les propriétés médicinales de la bière, notamment en raison de ses effets sédatifs. Bien que l’alcool soit souvent perçu comme un agent relaxant, il agit en réalité comme un dépresseur du système nerveux central, provoquant une sensation de relaxation qui est en fait un engourdissement.

En revanche, le houblon, et plus précisément la lupuline qu’il contient, est reconnu pour ses propriétés calmantes et sédatives. Des études ont montré que les composés du houblon, tels que les acides alpha et les flavonoïdes, ont un impact direct sur le système nerveux, réduisant l’agitation et favorisant le sommeil.

Par exemple, une étude a démontré que l’extrait de houblon, lorsqu’il est administré seul ou en combinaison avec de la valériane, améliore la qualité du sommeil chez les individus souffrant d’insomnie légère à modérée. C’est sans doute ce qui a fait dire à Hildegarde von Bingen, il y a quelques 700 ans, que le houblon rendait somnolent!

Historiquement, le houblon séché a été utilisé comme somnifère, inséré dans des oreillers pour induire le sommeil. En plus de ses propriétés sédatives, le houblon est également un puissant diurétique. Sa consommation stimule le fonctionnement rénal, augmentant la production d’urine, ce qui peut être bénéfique pour la santé rénale. Une étude réalisée en 2001 a révélé que les boissons contenant du houblon augmentent significativement la diurèse par rapport à des boissons non alcoolisées.

En ce qui concerne l’hygiène, la bière possède des caractéristiques qui la rendent moins susceptible de contenir des bactéries pathogènes, principalement en raison de son processus de fabrication. La bière est bouillie au cours de sa production, et sa teneur en alcool agit comme un agent antibactérien. Cela en fait une option plus sûre que l’eau non embouteillée ou les boissons mélangées lors de voyages dans des régions où la qualité de l’eau est douteuse. Des recherches ont montré que la consommation de boissons alcoolisées, telles que la bière, peut réduire le risque de contracter des infections gastro-intestinales lors de voyages en zones tropicales.

Le vin est-il meilleur pour la santé que la bière?

Comme le vin est aussi un alcool, il est aussi dommageable pour la santé à strictement parlé à quantité égale d’alcool. Pendant longtemps, on a cru que le vin rouge était meilleur pour la santé que la bière du fait de sa haute teneur en antioxydants. Plus particulièrement, la peau des raisons rouges contient le Resvératrol, une molécule associé à des effets antioxydants, anti-inflammatoires, et cardioprotecteurs. Il pourrait contribuer à la protection contre les maladies cardiovasculaires et certains types de cancer.

Cependant, les bienfaits du resvératrol, longtemps tenus pour évidents, ont été contestés. Dr David Sinclair, un chercheur américain qui soutenait initialement les bienfaits du resvératrol, a lui-même reconnu que les doses efficaces utilisées dans les expériences sont bien plus élevées que ce qui pourrait être réalistement obtenu par une consommation modérée de vin. Cela a conduit à un scepticisme plus large au sein de la communauté scientifique concernant la possibilité d’obtenir des bienfaits pour la santé grâce au resvératrol dans le vin.

Le Temps d'une Bière Pierre-Olivier Bussières

Pierre-Olivier Bussières est l’animateur du podcast Le Temps d’une Bière, producteur de Hoppy History et directeur des ventes chez Uber Flix Studios. Il écrit sur les marchés de la bière depuis 2022 et a été publié chez Diplomacie, Global RIsk Insights, Reflets, La Montagne des Dieux, the Diplomat et Republic of the East.

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