Si vous aimez la bière comme la plupart de nos lecteurs, vous serez attristé d’apprendre que l’intolérance à l’alcool est l’un des nombreux symptômes de la COVID-longue. Des études récentes montrent que le syndrome de la COVID-longue entraîne des complications importantes dans la métabolisation de l’alcool.

Il est assez rare que je m’exprime à la première personne sur le Temps d’une Bière, préférant généralement m’effacer au profit du sujet, mais celui-ci est personnel : au moment de la publication de cet article, je souffre de la COVID-longue depuis six mois.

Pendant six mois, j’ai été écrasé par une fatigue chronique, des malaises-post-efforts récurrents, de grosses pertes de concentration et, comme si cela ne suffisait pas, ce fichu brouillard cérébral qui fait que tout devient ridiculement compliqué.

J’apprends aujourd’hui que ces mêmes symptômes s’attaquent également à l’une de mes activités favorites : la dégustation de bières de microbrasserie. Plusieurs autres amateurs de bières de microbrasseries ont vu leur résistance à l’alcool chuter. Catherine Dionne-Foster, fondatrice et propriétaire de la microbrasserie La Korrigane, me disait être elle-même en arrêt de travail en raison de la COVID-longue.

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Plus qu’une sensibilité à l’alcool, c’est un malaise post-effort (MPE) important qui s’impose après une seule pinte. Ils sont plusieurs autres sur les réseaux sociaux à avoir signifié une sensibilité aigue aux effets nocifs de l’alcool.

Comment COVID-longue affecte notre capacité à éliminer l’alcool?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de rappeler comment l’alcool agit sur l’organisme et comment l’organisme agit pour s’en débarrasser. La première chose à retenir est que la molécule d’alcool éthylique a un effet inhibiteur sur le système nerveux autonome. Comme son nom l’indique, ce système gère des fonctions vitales qui échappent à votre contrôle, comme la régulation du rythme cardiaque et de la digestion. Mais la liste est en réalité beaucoup plus longue : elle comprend un large éventail d’actions allant de la dilatation des pupilles et de la transpiration à la régulation de la tension artérielle, en passant par les réponses sexuelles et la stimulation de la salive.

L’un des problèmes les plus fréquents liés à COVID-longue est le dérèglement du système nerveux autonome, un phénomène connu sous le nom de dysautonomie. Voici deux façons dont l’alcool affecte le système nerveux autonome :

  1. Vaisseaux sanguins et dysautonomie : L’alcool dilate les vaisseaux sanguins, ce qui peut aggraver certains symptômes de la dysautonomie. En dilatant les veines, il devient plus difficile pour le corps de pomper le sang vers le haut, ce qui peut entraîner des sensations de vertige et des évanouissements.
  2. Impact sur le sommeil : L’acétaldéhyde, un sous-produit du métabolisme de l’alcool, inhibe l’entrée dans les phases profondes du cycle du sommeil, qui sont essentielles pour la récupération. Une étude montre que même des quantités modérées d’alcool peuvent réduire la qualité du sommeil de 9,3% en perturbant les cycles du sommeil profond

Une étude importante de Stanford sur l’alcool et COVID-longue

La seule étude pointue à date sur ce sujet a été réalisée à l’université de Standford. Des chercheurs de l’université de Stanford ont entrepris de mesurer précisément l’impact de la COVID-longue sur la consommation d’alcool en suivant sa progression chez quatre patients d’âges différents. Dans tous les cas, une sensibilité à l’alcool a été constatée.

Par exemple, une femme de 49 ans a déclaré avoir souffert de la COVID-longue pendant 11 mois, période durant laquelle une consommation même modérée de vin l’a rendue presque immobile. Un autre cas concerne une femme de 40 ans qui, avant la COVID, consommait jusqu’à sept cocktails chaque soir, mais qui, après l’avoir contracté, ne pouvait plus tolérer un seul verre, ce qui témoigne d’une lutte de trois mois contre les symptômes de la COVID-longue.

L’explication des chercheurs : l’inflammation corporelle induite par la COVID pourrait compromettre l’intégrité de la barrière hémato-encéphalique, ce qui pourrait aggraver les symptômes de la gueule de bois en permettant à davantage de substances nocives, telles que l’alcool, de pénétrer dans le cerveau.

Malheureusement, cette étude était loin d’expliquer quoi que ce soit, avec un trop mince échantillon et trop peu de questions laissées sans réponse. J’ai donc envoyé une volée de courriels à des experts en la matière et des chercheurs sur la fatigue chronique en me disant que ça pourrait peut-être aider. Personne n’avait qui que ce soit à me référer, certains me disaient poliment qu’avec COVID-longue, la question de l’alcool était loin d’être une priorité. Puis enfin, un samedi matin, j’ai trouvé un courriel de M. Alain Moreau, un chercheur de Montréal. Le message était bref : on a quelque chose qui pourrait vous intéresser. Quand êtes-vous disponibles?

Syndrome de fatigue chronique

Alain Moreau est directeur du Laboratoire de génétique moléculaire des maladies/malformations de l’appareil locomoteur et professeur titulaire au Département de stomatologie de la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal. Il est également spécialiste de l’encéphalomyélite myalgique, également connue sous le nom de syndrome de fatigue chronique. Le résumé suivant est celui du Temps d’une Bière:

Si la COVID-longue reste un mystère, le syndrome de fatigue chronique est un sujet bien connu, notamment en ce qui concerne l’alcool. Une étude réalisée en 2023 indique que plus de 60 % des patients atteints d’EM/SFC () développent une sensibilité accrue à l’alcool.

Sur la base de tests cliniques développés pour identifier les traces physiques de la fatigue chronique, M. Moreau et son équipe ont identifié un biomarqueur qui pourrait jouer un rôle clé dans l’impact de la COVID-longue sur la tolérance à l’alcool : la protéine FGF-21.

FGF-21, la protéine du lendemain de veille pandémique

La protéine FGF-21 est une molécule créée par les muscles et le cerveau, et joue un rôle clé dans la santé cardiovasculaire. L’équipe du laboratoire de génétique moléculaire a mis en évidence des niveaux anormalement élevés de cette protéine chez les patients la COVID-longue.

Qu’est-ce qu’un biomarqueur?

Un biomarqueur est toute molécule molécule dont la présence ou la quantité permet de mesurer un processus biologique, par exemple une maladie : par exemple une mutation dans un gêne ou une protéine comme FGF-21. Le glucose est par exemple le principal biomarqueur du diabète.

« Sur nos études sur la fatigue chronique, on voyait que presque 9 fois sur 10, les gens sont intolérants à l’alcool. On s’est rendu compte dans l’étude de biomarqueurs que chez ces patients, les taux de FGF-21 étaient anormalement élevés. Quand nous avons commencé à dépister les biomarqueurs de la longue-COVID, nous avons réalisé là aussi des taux très élevés de FGF-21. « 

Cette étude montre que ce que l’on appelle généralement la COVID-longue est moins une maladie en tant que telle qu’une transition similaire à la fatigue chronique.

« Avec nos nouveaux outils, nous sommes en mesure de faire la différence entre la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique et le long-COVID en étudiant les profils de micro-ARN des patients. Bien que ces conditions présentent des profils de micro-ARN différents, j’ai constaté que les mêmes gènes sont impliqués dans le développement de symptômes similaires à ceux de la fibromyalgie. Cela indique qu’il pourrait y avoir un mécanisme sous-jacent commun à ces maladies, malgré leurs différences moléculaires. »

Quels remèdes pour l’intolérance à l’alcool liée à COVID-longue?

Un aspect positif de sa recherche concerne l’utilisation de la naltrexone, un anti-inflammatoire qui, à faible dose, semble améliorer de manière significative les symptômes de ces affections. Des essais cliniques ont montré que les patients souffrant de fatigue chronique ou de COVID-longue qui prennent de la naltrexone présentent souvent des niveaux plus faibles de protéine FGF-21, un biomarqueur associé à l’inflammation.

Cette recherche en est encore à ses débuts et Moreau souligne qu’il ne faut pas s’attendre à une panacée. En tenant compte de la comorbidité, du mode de vie et des prédispositions génétiques, la naltrexone pourrait ne fonctionner que sur un tiers des personnes souffrant d’une intolérance à l’alcool en lien avec la COVID-longue.

Au-delà de la question de la tolérance à l’alcool, ce que ces études mettent en évidence, c’est l’impact à long terme de la COVID-longue, même après la disparition des principaux symptômes. Les symptômes persistants de ces maladies s’apparentent à un processus de vieillissement prématuré. Les marqueurs épigénétiques révèlent chez les jeunes adultes atteints des changements similaires à ceux observés chez les adultes plus âgés, les prédisposant potentiellement aux maladies cardiovasculaires, au diabète de type 2 et éventuellement à un risque accru de cancers. Des études récentes tendent à confirmer cette accélération du vieillissement chez ces patients.

Quoi faire?

Que vous aimiez la bonne bière ou le bon vin, la recherche actuelle n’a pas de réponse définitive à cette complication. Toutefois, nous pouvons nous consoler en nous disant que, parmi les nombreux inconvénients causés par la COVID-19, celui-ci est un moindre mal.

Rappelons-le, l’alcool est une substance toxique qui s’en prend au système nerveux, au cerveau et aux intestins même en quantité modérée, selon les études les plus récentes.

Pour ceux qui sont pris dans la COVID-longue, il est peut-être temps d’envisager des bières ou cocktail sans alcool. Pour ceux qui, comme moi, sont atteints par ce cocktail de mauvaises nouvelles, je vous adresse sobrement mes encouragements les plus sincères. Ce sera encore le temps d’une bière, mais à grandes gorgées de modération.

En lien avec cet article:

Ressources importantes sur le traitement de COVID-longue:

  • Syndrome post-COVID-19 (COVID longue), Santé Canada
  • New Alcohol Sensitivity in Patients With Post-acute Sequelae of SARS-CoV-2 (PASC): A Case Series, Cureous
  • Que sait-on de la Covid longue et comment la soulager? Agence France Presse
  • Close association between lifestyle and circulating FGF21 levels: A systematic review and meta-analysis, Frontiers

Balado FR bière

Pierre-Olivier Bussières : chroniqueur pigiste et analyste de risque, Pierre s’intéresse aux marchés de l’alcool et aux technologies disruptives. Il a notamment écrit pour Global Risk Insights, the Diplomate, La Montagne des Dieux, Diplomatie, Reflets et Impact Campus. Il est aussi copropriétaire du studio de balado Uber Flix et du site de technologies Uber Optimized.

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