Le Québec est passé maître dans l’art de produire des bières artisanales de qualité à partir d’ingrédients locaux. Nos nombreuses microbrasseries et leur offre de produits mondialement reconnus en est la preuve. Mais comment passer du terroir à la chope pintable? Comment s’approvisionner en ingrédients locaux pour concoter une bière au goût mémorable ?
Pour le temps d’une bière, nous allons voir comment le Québec prend sa place en tant que producteur de matières premières brassicoles.
Top Cinq des Meilleures Bières 100 % québécoises

Blonde 100% Québec
Brasserie: Microbrasserie de l’Île d’Orléans,
ABV: 5%
Bière pâle et brillante. Lorsqu’elle est versée, elle dégage de vifs arômes d’agrumes qui annoncent une bière rafraîchissante. Le malt Pilsner est utilisé, ainsi que le houblon américain, pour une saveur nette de malt et une sensation sèche en bouche, comme une bière de soif bien définie.

William Tremblay Pale Ale Québécoise
Brasserie: La Chope Angus,
ABV: 5%
Cette bière a des reflets ambrés dans sa couleur blonde. Elle est effervescente pour son style. Son nom est un hommage à deux personnages du même nom. Le premier est né en 1887 et a été homme politique avec Maurice Duplessis, ainsi que boucher. Le second est un employé de la Chope Angus. Mais revenons à la bière en question, elle dégage une odeur de malt avec une pointe herbacée. Au goût, c’est un malt sec avec une amertume fine et tranchante.

Acadia
Brasserie: Microbrasserie La Souche
ABV: 6%
Le style de cette bière est la NEIPA forestière, un style que nous avons tendance à voir de plus en plus sur nos étagères, car les microbrasseries semblent travailler de plus en plus avec des arômes boréaux. La couleur est d’un blond vif et surtout d’un trouble opaque. Lorsque l’on verse la canette, il est facile de sentir l’odeur de l’épinette frais.
Comme une balade en forêt après une pluie froide printanière où les derniers amonts de neiges glacés se meurent à l’ombre des conifères. En goût, c’est une NEIPA bien réussie, avec des saveurs de houblon légèrement amères et très citronnées. L’épinette est présent mais pas dominant, son aspect boisé est perceptible. Au niveau de la texture, cette bière a une certaine rondeur crémeuse, mais elle est aussi juteuse.
Cette bière a été nommée d’après un parc national du Maine qui contient une forêt boréale. L’idée était de mélanger le nom et la base stylistique nord-est de la région avec son côté forestier. Les aromates de cette bière proviennent du Champignon Boréal, un groupe de cueilleurs situé au Lac-Saint-Jean.

Tordeuse Impériale
Brasserie: Microbrasserie La Souche
ABV: 9%
Il s’agit d’une Black IPA, également connue sous le nom de Cascadian Dark Ale. Sa couleur est foncée, presque noire, avec une mousse de couleur sépia. Ce qui est intéressant dans cette bière, c’est l’utilisation de jeunes pousses d’épinettes pour apporter des saveurs résineuses, boréales et même tourbées à une bière essentiellement amère. L’ensemble est bien équilibré et réussi, et l’amalgame avec les houblons Cascade, Centennial, Chinook et El Dorado fonctionne parfaitement. La douceur et l’onctuosité de la bière en font une bière de fin de soirée par excellence.
Pour les amateurs de cette brasserie, vous trouverez près d’une dizaine de bières 100% locales ici.

Brasseurs des Collines
Enfin, Brasseurs des Collines, dans l’Outaouais, est la seule brasserie à notre connaissance dont l’ensemble de l’offre brassicole provient exlusivement du Québec. Pour les puristes, la Rousse du Pont Rouge offre un goût de malt avec des notes de réglisse qui chatouillent la langue et le palais.
Pour les fins de soirée, songez aussi à la Triple du Belvédaire, une bière belge forte et corsée, est idéale pour les fins de soirée devant un foyer en plein mois de février. Sinon, au réveil du printemps, pintez à la Blanche des Chutes est une witbier poivrée à l’aspect de pain d’épices liquide, aux notes de muscade et à la finale sèche. Ici, un soupçon de gingembre est l’expression citronnée de l’épinette, la quintessence de la forêt boréale. Une bière idéale pour un après-midi sur le patio en juillet.
Mentions spéciales
Puisque nous parlons essentiellement de terroir, nous ne pouvions terminer cet article sans mentionner nos excellentes fermes-brasseries : La brasserie La Ferme et La Terre à Boire, deux fermes qui cultivent une bonne partie, voire la grande majorité, de leurs ingrédients sur place, tout en commerçant abondamment avec leur voisinage de producteurs locaux.
Du côté de Saint-Tite, en Mauricie, À la Fût pousse encore plus loin l’utilisation des ingrédients locaux. Le malt y est ultra-local, grâce à des collaborations avec des malteries régionales comme Le Maltraiteur à Trois-Rivières et Caux-Laflamme à Saint-Patrice-de-Beaurivage. Les céréales, parfois cultivées à quelques mètres de la brasserie, soulignent cet engagement envers une chaîne d’approvisionnement de proximité.

Dans la fermentation spontannée, on trouve aussi Brett & Sauvage, une brasserie et cidrerie de St-Isidore, en Gaspésie, qui brasse avec des herbes et des fruits locaux.
Enfin, pour rester dans la région de l’Outaouais, où se trouve Temps d’une Bière, parlons de Blondes des Rives, une blonde immensément pintable d’À la Dérive.

En conclusion, l’utilisation d’ingrédients québécois dans la fabrication de la bière est non seulement importante pour l’économie de la province, mais elle permet aussi aux microbrasseries d’ajouter de la valeur et des saveurs distinctives à leurs produits. Certaines brasseries en ont même fait leur créneau, preuve que les consommateurs s’y intéressent. Et comme notre belle province est un lieu privilégié pour la culture des matières premières, il n’y a pas de raison de s’en priver.
Les ingrédients locaux : de la terre au boire
Pour suivre la logique du Reinheitsgebot de 1516, la bière se compose essentiellement de 3 ingrédients: eau, orge malté et houblon. Et tout ça commence par la terre, porteuse de céréale. Au Québec, nous comptons quelque 10 000 producteurs de céréales. Le secteur agricole est le troisième en importance au Québec, et ce, en raison de plusieurs facteurs :
Le climat
Le Québec jouit d’un climat tempéré, avec quatre saisons distinctes. L’été, bien que court, est suffisamment long et chaud pour permettre la culture de grains tels que le blé, le maïs, l’avoine et l’orge. Les hivers froids limitent certaines cultures, mais l’été offre une période de croissance idéale pour ces plantes.
Le sol
Le Québec possède des sols fertiles, notamment dans la vallée du Saint-Laurent et dans certaines régions du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces sols, riches en matière organique et en minéraux, sont particulièrement propices à l’agriculture.
La plaine du Saint-Laurent, qui traverse une grande partie du Québec, est une zone géographique clé pour l’agriculture. Cette plaine est plate et bien drainée, avec un accès facile à l’eau, grâce aux rivières et aux lacs. Cette géographie facilite l’irrigation et la culture de céréales à grande échelle.
Le houblon
L’industrie du houblon a connu des changements importants au cours des dernières années. En 2009, on comptait une douzaine de producteurs de houblon au Québec, mais avec l’essor des microbrasseries et la popularité grandissante des bières houblonnées, en 2021, on comptait 41 producteurs inscrits au MAPAQ. Cependant, en 2024, deux joueurs importants ont fermé leurs portes : Houblon Bastien et Houblon des Jarrets Noirs.
Il n’est donc pas surprenant que le Québec soit un endroit idéal pour la culture du houblon. Le houblon est une plante grimpante qui a besoin de conditions climatiques spécifiques pour se développer, en particulier une saison chaude et ensoleillée.
Bien que le Québec ait un climat nordique, il bénéficie de longues périodes d’ensoleillement en été, notamment dans des régions comme la Montérégie, les Cantons-de-l’Est et l’Outaouais. Ces régions bénéficient de températures estivales suffisamment élevées pour permettre une croissance rapide du houblon (idéalement entre 20 et 25 °C), alors que les hivers sont suffisamment froids pour répondre aux besoins de dormance du houblon.
Et comme mentionné précédemment, les sols fertiles et bien drainés du Québec sont idéaux pour la culture de cette plante, et pour la culture de nouvelles variétés comme El Dorado en 2022 par Houblonnière Lupuline. Avec son arôme fruité, cette variété est très populaire dans la New England IPA (NEIPA).
L’eau
Le réseau hydrographique de la province a joué un rôle important dans son histoire et son développement économique. Tout comme il n’y a pas de bière sans eau, il n’y aurait pas d’eau pour la bière sans les 4 500 rivières et les 500 000 lacs du territoire. L’eau salée du Saint-Laurent a même été utilisée pour certaines bières, dont la Gose-sur-mer de la microbrasserie Le Naufrageur et certaines bières de la microbrasserie À l’abri de la tempête.
La levure
Le quatrième ingrédient, et non des moindres, n’était pas encore connu des Allemands en 1516 : la levure. Pour les brasseurs qui font des bières à fermentation spontanée, dont Brett et Sauvage, ce n’est pas un problème, car la levure s’invite d’elle-même. Pour les autres, vous pouvez vous approvisionner auprès du Labo Solutions Brassicoles à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
Le Temps d’une Bière a voulu comprendre comment cela se passe du terroir à la pinte. Nous avons demandé à Jean-Christophe Bilodeau, responsable du département production de la microbrasserie La Souche, quel était l’impact de l’approvisionnement local sur la brasserie. La Souche avait justement dans ses fûts plus de 7 bières 100% locales.
Approvisionnement : comment ça marche ?
« Ça va somme toute assez bien , mais le défi en ce moment est plus au niveau des houblons à la suite de la fermeture de Houblon Bastien et des Jarrets Noirs. L’incendie de Caux Laflamme a également été un défi, mais de courte durée.
Les producteurs locaux se montrent plus réactifs à répondre aux questions des partenaires et démontrent plus de flexibilité que les producteurs internationaux. Il faut aussi savoir que l’approvisionnement est stable, peu importe les saisons et que certains d’entre eux accueillent les visiteurs, ce qui permet d’en apprendre plus et d’avoir une valeur ajoutée aux produits finaux. »
Est-ce qu’il y a une différence de prix ?
« Cela dépend du produit, pour les houblons et les levures c’est semblable. La Souche achète 95% de ses levures chez Le Labo. Les malts, eux, sont un peu plus chers, mais il y a une façon de contrecarrer en achetant en vrac. Pour les céréales, par contre, on peut devoir débourser entre 20 et 30% de plus, selon la variété. »
Quels ingrédients ne sont pas encore produits au Québec et que vous aimeriez qu’ils le soient ?
« Les malts de spécialité sont presque tous déjà disponibles au Québec, mais peu de producteurs en font. Une seule malterie fait du malt torréfié. L’enjeu est surtout au niveau de la diversité des producteurs de houblons. L’écorce de riz n’est pas encore produite au Québec. Ce n’est pas un ingrédient en soi, mais il est nécessaire à l’empâtage pour assurer un meilleur rinçage des grains. »

Caroline Avoine couvre le domaine de la bière pour l’équipe de GMPQ sous le nom de plume de Bière-Cialiste. Elle brasse à la maison depuis plusieurs années et écrit notamment pour Bières et Plaisirs.
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