La producion maraichère et fermière se sont découvert un allié inusité dans la microbrasserie québécoise. Véritable brassage du terroir, la bière artisanale québécoise puise de plus en plus dans ces racines. Par contre, la mise en marché des petits fruits constitue un défi majeur pour de nombreux producteurs qui opèrent souvent de manière isolée. Dans cet article, nous examinons de plus près l’état de la mise en marché des fruits et des aromates du Québec.
Un marché prometteur, mais fragile
Sans possibilité d’auto-cueillette, les producteurs du Québec font face à une toute une pépinière de défis dans leur efforts de commercialisation. Rares sont ceux qui bénéficient d’installations telles qu’un espace de congélation ou une cuisine conforme aux normes du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAC) pour transformer leurs récoltes. À moins d’avoir des moyens carrément industriels, que pouvons-nous faire?
Vers 2016, une tendance à la croissance se dessine dans le secteur des entreprises artisanales produisant de l’alcool au Québec, notamment avec l’émergence de microbrasseries. Cette période voit également une augmentation des demandes de permis pour la production de cidre et de spiritueux. C’est dans ce contexte qu’en 2016, en collaboration avec l’agent de développement agricole de la MRC des Basques, la coopérative de solidarité ATAB (Atelier de Transformation Agroalimentaire des Basques) voit le jour, réunissant initialement des producteurs de fruits locaux.
ATAB se fixe pour objectif de prendre en charge une partie de la mise en marché des petits fruits, des PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux) et des aromates de la région, à destination du secteur des microbrasseries, des cidreries et des distilleries.
L’hypothèse derrière cette initiative est que ce marché spécifique est en mesure d’effectuer des commandes de volume significatif. Par exemple, une microbrasserie typique utilise environ 10 % de fruits pour une brassée dans ses fermenteurs de 1000 litres, laissant envisager des commandes moyennes de 100 kg par brassin.

ATAB: Mode d’Emploi
ATAB fonctionne selon un modèle d’affaires novateur qui vise à fédérer les producteurs en vue d’une mise en marché collective. Concrètement, la coopérative achète les récoltes de fruits, d’aromates et de PFNL à ses membres producteurs ainsi qu’à des cueilleurs partenaires, y compris ceux situés dans d’autres régions du Québec, pour répondre aux besoins du marché. Lors de chaque transaction, ATAB effectue un paiement initial de 30 % et règle le solde tout au long de l’année.
Pour garantir une gestion efficace des commandes, ATAB a mis en place un système de réservation où les clients, comme les brasseries, peuvent réserver des produits pour une date ultérieure en versant un acompte de 50 % de leur soumission.
La coopérative propose un service complet et personnalisé aux brasseries, adapté à leurs besoins spécifiques en matière de transformation et de calendrier de livraison. Ainsi, ATAB assure l’achat, l’entreposage, la transformation, la manutention et la vente de fruits et d’aromates québécois en vrac destinés aux artisans de la fermentation de la province.
En termes de transformation, ATAB offre une gamme de services incluant la presse à froid pour les jus, la mise en purée, la pasteurisation et le séchage des herbes et aromates, afin de répondre aux exigences variées de ses clients. Cette approche intégrée vise à faciliter la chaîne d’approvisionnement pour les artisans de la fermentation tout en valorisant les produits locaux du Québec.
Fruits et aromates du Québec en quelques chiffres
Les chiffres clés d’ATAB pour l’année 2023 témoignent de son importance croissante dans le secteur de la mise en marché des fruits et aromates québécois. Avec 83 clients actifs et un potentiel de 323 clients supplémentaires, la coopérative confirme son attractivité et son rôle central dans l’écosystème des artisans de la fermentation.
En termes de volume, ATAB a acheté plus de 10 tonnes de fruits, représentant un montant d’environ 85 000 $. Ces fruits, au nombre impressionnant de 22 variétés, incluent des classiques comme la fraise et la framboise, mais également des options plus exotiques telles que la camerise et l’amélanchier, reflétant la diversité de la production locale.
Bien que la demande pour la framboise soit particulièrement forte, ATAB observe des défis sur le marché de la camerise. Cette situation met en lumière les fluctuations propres à l’industrie agricole et confirme la nécessité pour la coopérative de s’adapter constamment aux évolutions du marché. Ces données témoignent de la vitalité d’ATAB et de son engagement à soutenir les producteurs locaux tout en répondant aux besoins variés de ses clients artisans de la fermentation.

Quel avenir pour les aromates du Québec?
Les perspectives d’avenir d’ATAB offrent un aperçu captivant des développements à venir dans le paysage de la coopérative. L’introduction d’un volet cidrerie avec PICO Cidre Bas Laurentien constitue une avancée significative. Ce projet émerge d’une situation où un membre producteur de la coopérative se trouvait face à un surplus de production de pommes. La décision de louer et d’exploiter le verger pour la production de cidre s’est avérée judicieuse, offrant une valeur ajoutée à la récolte tout en permettant à la coopérative de bénéficier d’installations plus vastes, d’un équipement accru et d’un espace boutique. En outre, ce projet sert de vitrine pour les artisans de la fermentation, renforçant ainsi les liens avec cette clientèle.
Par ailleurs, la coopérative envisage de diversifier ses activités en explorant le marché des produits sans alcool, répondant ainsi à une tendance croissante de consommation. De même, ATAB s’engage dans une démarche d’économie circulaire, valorisant les cultures et réutilisant les résidus de presse, ce qui témoigne de son engagement envers la durabilité environnementale. En outre, la coopérative prévoit de renforcer ses partenariats avec les cueilleurs de PFNL en milieu naturel, capitalisant sur les ressources de la région.
Dans une démarche d’innovation continue, ATAB explore progressivement de nouveaux marchés, notamment dans la restauration, la boulangerie et la crème glacée. Cette diversification stratégique permettra à la coopérative de saisir de nouvelles opportunités tout en consolidant son rôle essentiel dans la promotion des produits locaux et de qualité.
Texte de David Thériault et Pierre-Olivier Bussières
David Thériault est diplômé en sociologie, passionné de bière et brasseur amateur depuis 2010, propriétaire de la marque Barbe Rouge Brasseur itinérant et responsable des vente pour PICO Cidre bas Laurentien de la coopérative ATAB.
Pierre-Olivier Bussières est éditeur en chef du Temps d’une Bière. Il anime le balado du même nom depuis 2021 et écrit sur l’histoires de l’alcool et des drogues. Il se spécialise sur les microbrasseries du Québec et leur histoire.


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