L’alcool, ce vieux compagnon de la civilisation. On l’aime et on le hait, mais surtout, on en consomme en quantité industrielle. Au Canada, la consommation d’alcool a fluctué de quelques pourcentages pendant les vingt dernières années, avec une chute uniforme à travers le pays vers 2018, puis une reprise équivalente pour 2022. Dans cet article, nous proposons de voir la consommation d’alcool chez les Canadiens et les Canadiennes d’après les études les plus récentes.
Alors que les amateurs de bière artisanale s’inquiètent d’un plateau de consommation, les vins de spécialité du Canada sont en pleine croissance. Le cidre continue à monter, mais dans des marges plus que modestes. Pendant ce temps les spiritueux continent calmement leur ascension.
Évolution de la consommation per capita – 2004 à 2022

La consommation d’alcool au Canada en résumé
Entre le 1er avril 2018 et le 31 mars 2019, les habitants du Canada ont consommé plus de 3 milliards de litres d’alcool d’après les chiffres de l’Association Canadienne pour la Santé. Cela se traduit par environ 9,5 boissons standards par semaine et par personne en âge légal de boire. Cela place le Canada au 57e rang pour la consommation d’alcool par habitant. Attention, la proportion de Canadiens qui consomme connaît une baisse, lente certes, mais progressive. Pas plus de 75% de la population en âge légal ne touche à la bouteille.
La bière reste favorite, avec quelques provinces qui font exception. L’industrie des boissons alcoolisées au Canada a enregistré des ventes de 23,6 milliards de dollars pendant 2018-2019. Les ventes de bière représentent la plus grosse part du gâteau, soit 9,4 milliards de dollars (39,8 %). Cette statistique met en lumière la position dominante de la bière sur le marché de l’alcool canadien, mais pas partout. Pour l’année 2024, on estime toutefois ces ventes à un plus modeste 8 milliards. Au Québec et en Colombie-Britannique, l’honneur de l’alcool le plus « bu » selon les chiffres de ventes, revenait au vin. Il s’agissait des spiritueux pour les Territoires du Nord-Ouest.
Plus d’extrêmes, moins de milieux
Deux tendances contraires : d’un côté les pratiques excessives sont en hausse, mais la connaissance des dangers de l’alcool le sont tout autant. Si d’un côté, ils sont moins à lever le coude, ils sont tout autant, sinon plus, à boire dangereusement. De 1996 à 2013, la proportion de consommateurs excessifs est passée de 13,7 % à 19,7 %.
Cette hausse était plus prononcée chez les femmes, dont les taux de consommation excessive ont presque doublé, passant de 6,9 % à 13,8 %, par rapport à une augmentation plus modeste chez les hommes de 20,8 % à 25,7 % (Bulloch et al., 2016). Pour l’Institut national de santé publique du Québec, la hausse de consommation excessive chez les femmes est chiffrée à 130 %, passant de 10 % à 23 %.
Évolution de la consommation d’alcool au Canada de 2008 à 2019 selon les différents groupes d’âge

Alors que la consommation d’alcool globale parmi les adolescents a légèrement diminué de 1990 à 2006, il y a eu une augmentation significative de l’usage du cannabis, indiquant un changement de préférences de substance parmi la jeunesse canadienne. Cela pourrait expliquer pourquoi la courbe orange ci-dessus pique du nez.
Parmi toutes les alternatives à la boisson fermentée, l’offre a également explosé durant les quelques dernières années, incluant une nouvelle génération de boissons énergisantes, des toniques revitalisants, des sodas aux goûts variés et un large éventail de bières sans alcool.
Les Québécois boivent-ils plus?
Si on s’attarde sur le cas du Québec, on note que la consommation moyenne par habitat de plus de quinze ans était de 8.4 litres pour l’année 2021-2022, soit 494 pintes par année. Il s’agit moins d’une augmentation réelle que d’une variation continue. Nous en étions à 8.9 litres en 2011 et à 8.3 litres en 2015, alors que ce chiffre tombait à 8 litres vers 2004.
L’impact du prix de l’alcool sur la consommation
L’année 2022 a connu la plus importante hausse des coûts sur la bière depuis 1991, soit une augmentation de 5.8%. Ces augmentations ont été variables selon les provinces. En Saskatchewan, les augmentations des prix minimums de l’alcool semblent avoir réduit significativement la consommation d’alcool tous styles confondus.
Une augmentation de prix de 10 % a mené à des baisses notables dans la consommation de bière (10,06 %), de spiritueux (5,87 %) et de vin (4,58 %), avec les effets les plus significatifs observés parmi les bières et spiritueux de haute teneur. Ceci suggère que les politiques de tarification peuvent effectivement atténuer la consommation d’alcool et ses méfaits.

Qu’avons nous appris?
Les jeunes adultes sont peut-être plus soucieux de l’impact de leur santé, mais les sources se contredisent sur leur consommation réelle. Il est évident, par contre, qu’il existe une importante différence générationnelle entre les 60 ans et plus et les jeunes adultes. Si ces derniers consomment plus fréquemment à outrance, ils consomment aussi bien moins que leurs aînés de façon régulière. La hausse de consommation d’alcool chez les femmes reste elle aussi notable.
Ce sont les marchés alternatifs de l’alcool qu’il faut garder à l’œil. Cidres, vins de spécialité attireront les consommateurs et donc les investisseurs. Mais la croissance du marché restera minée par le désintérêt du gouvernement sur la chose. Dans le seul cas du Québec, des lois archaïques pèsent lourdement sur la croissance des microbrasseries, par exemple celle de l’obligation d’un timbre fiscal sur la canette dédiée aux bars et aux restaurants.
Sources
- Canadian Alcohol and Drugs Survey (CADS): summary of results for 2019, Gouvernement of Canada
- Dry February, you say?, Gouvernement of Canada
- Alcool Consumption in Canada, Canadian Public Health Association, 2022
- Canada’s Guidance on Alcohol and Health: Final Report, Canadian Center on Use and Addiction, 2023
- Institut National de Santé Publique du Québec, Portrait de la consommation d’alcool du Québec et au Canada
- Directives de consommation d’alcool à faible risque du Canada, Gouvernement du Canada
- Institut National de Santé Publique du Québec, Consommation d’alcool chez la population générale
- Les microbrasseries du Québec unies contre le timbre fiscal, Le Temps d’une Bière
- La bière de microbrasserie, oui, mais à quel prix? Le Temps d’une Bière
- Quels sont les prix de la Bière au Canada? Le Temps d’une Bière

Pierre-Olivier Bussières écrit sur les marchés de la bière depuis 2022. Il est l’auteur du podcast Le Temps d’une Bière, producteur de Hoppy History et rédacteur en chef du média Le Temps d’une Bière.
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