Dans cet article, nous explorons la valeur de la bière commerciale et artisanale au Canada. La bière est la boisson alcoolisée la plus consommée au Canada, suivie du vin et des spiritueux. Le marché canadien est estimé à 8 milliards de dollars en 2024. Mais quelle est la valeur réelle de la bière pour les consommateurs ?

Le Temps d’une Bière a comparé un échantillon de 4168 bières dans les dix provinces canadiennes pour le mois de mai 2024. Un minimum de 160 bières par provinces a été analysé allant jusqu’à 900 pour les régimes de vente privatisés et semi privatisés pour un total de 1869 bières commerciales et 2298 bières artisanales.

Combien coûte la bière commerciale au Canada?

Au Canada, la valeur moyenne d’une caisse de 24 bières commerciales de 330 à 355 ml est de 45,93 $ CAD. Une caisse de 12 bières coûte 26,87 $ CAD.

En jaune : les caisses de 12

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En orange foncé : les caisses de 24

C’est en Nouvelle-Écosse que les prix des caisses de 24 canettes sont les plus élevés, avec une moyenne de près de 55.60$, ce qui en fait la province la plus chère. Suivant de très près, la Saskatchewan et Terre-Neuve chiffraient une moyenne de 53.72 $ et 53.35 $.

En revanche, c’est au Québec que l’on trouve les prix les plus bas pour les caisses de 12 et de 24, soit environ 21.18 $ et 37,93 $. Cela signifie-t-il que la plus forte présence des microbrasseries fait baisser les prix ? Pas nécessairement. Le Québec dispose également d’un système de vente au détail et de distribution plus large, avec un plus grand nombre de modèles d’affaires offrant une plus grande flexibilité en matière de coûts.

Les provinces comme la Colombie-Britannique, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et l’Alberta affichent des prix modérés, reflétant un équilibre entre la demande locale, les coûts de production et les taxes. Dans ce contexte, les réglementations et les monopoles jouent un rôle déterminant. En Ontario, par exemple, la LCBO agit comme un intermédiaire incontournable pour les microbrasseries qui souhaitent accéder aux supermarchés et aux dépanneurs. Si les détaillants ont la liberté de fixer leurs prix au-dessus du plancher imposé, ce système limite souvent la créativité et la diversité des produits disponibles. Ainsi, certaines bières spéciales, telles que des IPA ou des stouts impériales vieillies, ne se retrouvent que dans des « bottle shops » associés directement aux brasseries, souvent à des prix plus élevés.

Un autre facteur important concerne les coûts de distribution. Au Québec, la densité des points de vente entraîne des coûts logistiques et de représentation plus élevés. Servir un plus grand nombre de détaillants implique une logistique plus complexe, ce qui augmente les dépenses globales. Par ailleurs, les initiés de la micro prévoient que c’est ce qui attend l’Ontario.

Maintenant que les points de vente ont explosé, les brasseries se retrouvent de facto avec la responsabilité de développer leur propre réseau de distribution et de représentation. Un effet secondaire de ce dévelopmment est le coût à la fraîcheur des bières: plus il y a de vendeurs et de marchands, plus il est difficile de garantir la fraîcheur de la bière. Plus on trouve de bière sur les tablettes, et plus on trouve des oubliées…

En Ontario, un élément souvent sous-estimé est l’économie parallèle des microbrasseries. De nombreuses brasseries contournent le système centralisé de la LCBO en utilisant des services de livraison directe par la poste. Ces bières, souvent absentes des circuits traditionnels, affichent des prix plus élevés par canette, mais offrent une alternative intéressante pour les consommateurs en quête de qualité ou d’originalité. D’un autre côté, nous sommes bien loin des détaillants spécialisés comme au Québec, encore interdits par la loi.

Enfin, il faut mentionner l’impact des taxes et des changements réglementaires. Les taxes fédérales sur l’alcool, temporairement ajustées, seront réappliquées après le 15 février 2024, ce qui pourrait homogéniser certains écarts de prix entre les provinces. Cette augmentation pourrait aussi influencer les stratégies commerciales des brasseries, qui devront trouver un équilibre entre expansion et maintien de la qualité pour répondre à une demande en constante évolution.

Les variations de prix de la bière au Canada illustrent donc une réalité complexe, où cohabitent des dynamiques de réglementation, des choix logistiques, des différences de modèles d’affaires et les préférences des consommateurs. Ce paysage en pleine mutation reflète les tensions entre tradition, innovation et contraintes économiques.

Prix des grandes brasseries canadiennes les moins chères à travers les provinces

Brand24-pack 
Carling33.47
Pacific Western33.49
Keystone34.22
Alpine40.3
Pabst40.98
Oland41.17
Cracked Canoe42.08
Alexander Keith’s42.1275
Busch42.876
Prices represent an average across at least three vendors per province.

Quelles sont les bières commerciales les moins chères dans chaque province canadienne ?

Michelob, Molson, Labatt, Heineken et Pabst sont les bières commerciales les moins chères au Canada en mai 2024. À noter que l’échantillon ci-dessous est basé sur les détaillants provinciaux étatiques et le détaillants privés, incluant épiceries ou détaillant spécialisés en bière. Pour les prix de la bière au Costco, voir notre article sur les prix de la caisse de 24 au Costco.

À l’inverse, les trois brasseries commerciales les plus chères sont Michelob, Sleeman et Stella Artois.

Marques commerciales les moins chères pour chaque province canadienne pour une caisse de 24

ProvinceBrasserieNomPrix (CAD)
AlbertaCarlingCarling31.99
AlbertaBuschLite35.99
AlbertaPabstBlue Ribbon37.59
Colombie BritanniqueBuschBusch39.49
Colombie BritanniquePabstBlue Ribbon39.14
Colombie BritanniqueSleemanLight39.29
Île-du-Prince-ÉdouardMichelobUltra41.61
Île-du-Prince-ÉdouardMolsonDry41.61
Île-du-Prince-ÉdouardMillerLite41.61
ManitobaMichelobUltra44.40
ManitobaBudweiserLight46.19
ManitobaMolsonDry47.25
Nouveau-BrunswickBuschBusch34.22
Nouveau-BrunswickCarlingCarling34.22
Nouveau-BrunswickMichelobUltra37.69
Nouvelle-ÉcosseKeith’sKeith’s IPA52.48
Nouvelle-ÉcosseBudweiserBud Light55.99
Nouvelle-ÉcosseCoorsCoors Light55.99
OntarioLabattBlue37.79
OntarioMillerLite36.79
OntarioCarlingCarling26.79
QuébecPabstBlue Ribbon32.99
QuébecCarlingBlack Label33.99
QuébecLabattBlue34.99
SaskatchewanKeith’sKeith’s IPA44.99
SaskatchewanHeinekenHeineken46.29
SaskatchewanBudweiserBudweiser49.29
Terre-Neuve & LabdradorBudweiserBud Light52.00
Terre-Neuve & LabdradorCoorsCoors Light52.00
Terre-Neuve & LabdradorMichelobUltra54.00

Combien coûte la bière artisanale au Canada?

Après avoir examiné les prix des marques commerciales, Le Temps d’une Bière s’est également penché sur les prix des bières de microbrasseries.

Suite aux commentaires de notre article sur les prix de la bière artisanale au Québec, nous avons reçu plusieurs questions sur les différences de prix entre le Québec et l’Ontario. Nous avons donc comparé les prix de l’IPA avec tous les autres styles de bières, ainsi qu’avec les bières commerciales, pour l’ensemble de la province. De cette façon, nous avons pu mesurer le « premium » que les amateurs de bière paient pour leur IPA, non seulement par rapport aux autres provinces, mais aussi par rapport à la bière commerciale dans leur propre province.

Le tableau ci-dessous montre le prix moyen d’une canette de 473 millilitres chez tous les détaillants (commerciaux ou gouvernementaux) combinant différents styles d’IPA.

IPA comparison Canada provinces

Le résultat final confirme que c’est au Québec que la canette de 473 millilitres d’IPA classique est la plus chère du pays. À l’inverse, c’est dans la province voisine de l’Ontario que l’on trouve la canette d’IPA la moins chère (toujours en moyenne). Seules la Saskatchewan et Terre-Neuve parviennent à égaler les prix du Québec.

Nous avons analysé le prix moyen des canettes de 473 ml de bière artisanale de style IPA et l’avons comparé au prix moyen des canettes de bière commerciale (entre 340 et 500 ml) dans chaque province canadienne. L’objectif était de montrer le « premium » que les consommateurs paient pour les bières de microbrasseries par rapport aux bières commerciales. L’IPA a été choisie pour deux raisons : c’est la bière pour laquelle les microbrasseries sont les plus connues, et son stock est plus important et mieux réparti dans la province.

L’exception québécoise pour la brasserie artisanale

Tout d’abord, la bière artisanale québécoise est chère pour trois raisons : les faibles quantités produites qui empêchent les économies d’échelle, le poids des multiples taxes (accise, taxe provinciale et timbre de vente) et la commission du détaillant.

Une bière artisanale IPA coûte en moyenne 1,50 $ de moins en Ontario qu’au Québec, soit 30 % de moins. La différence de valeur unitaire entre les microbrasseries et les bières commerciales est également inférieure d’un dollar. Même les bières québécoises vendues à la LCBO (société d’État de l’Ontario) coûtent environ un dollar de moins par unité – comme la Péché Mortel de Dieu du Ciel! et la Blanche de Chambly d’Unibroue.

Deux autres facteurs expliquent le prix relativement abordable des chopes artisanales en Ontario : premièrement, de nombreuses microbrasseries ontariennes ont été rachetées par des brasseries commerciales, ce qui leur a permis de réaliser de plus grandes économies d’échelle dans toute la province. L’abondance des formats de 4 à 12 unités à The Beer Store renforce cette impression de rabais : nous voyons beaucoup moins de grands formats au Québec.

Ensuite, les consommateurs ontariens ont des attentes plus conventionnelles que leurs voisins québécois, selon plusieurs brasseries ontariennes consultées pour cet article. Est-ce l’effet inverse du Terroir québécois ou un plus grand attachement à la culture locale ? Quoi qu’il en soit, la marge de manœuvre des microbrasseries ontariennes pour obtenir des prix attractifs est très faible, ce qui limite d’autant leur profitabilité.

Conclusion

Bien que les suites de la pandémie aient été difficiles pour la bière artisanale, il semble que le marché de la bière continue de croître dans le pays. Si, d’une part, les jeunes adultes sont moins tentés par l’alcool face à l’abondance d’alternatives récentes, d’autre part, la consommation de bière à travers le pays se maintient, bien qu’avec une croissance de plus en plus faible.


Pierre-Olivier Bussières est l’animateur du podcast Le Temps d’une Bière, producteur de Hoppy History et rédacteur en chef du média Le Temps d’une Bière. Il écrit sur les marchés de la bière depuis 2022.

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