À deux pas de Gatineau, le Pontiac est un petit coin mal connu de l’Outaouais, mais ô combien riche de saveurs et de patrimoine. J’ai exploré deux vignobles et une cidrerie du Pontiac J’ai eu la chance de visiter cette belle région en compagnie d’Aventure Outaouais, un service de visites touristiques centrée sur l’histoire, la culture et la bonne chère.
Notre guide d’occasion était Zac, que je ne peux pas m’empêcher d’appeler Zac-Attaque. À la fois guide, chauffeur et sauveteur d’urgence, Zac est un sympathique joyeux luron capable de nous expliquer tous les détails des pistes cyclables du parc de la Gatineau sans quitter la route des yeux, tout en répondant aux mille questions de ma copine émerveillée par le Québec.
C’est Zac qui nous a fait comprendre que le Pontiac valait le détour. Petit coin resplendissant mais discret sur la carte du Québec, la MRC de Pontiac est cette longue bande de terre fertile qui longe la rivière des Outaouais de Chelsea jusqu’à Rapides-des-Joachims. Je connaissais déjà la région grâce à l’incontournable microbrasserie Brauwerk Hoffman, joyau houblonné de Pontiac à Campbell’s Bay.
Alors que la rivière des Outaouais se dessine langoureusement sur notre gauche, de l’autre côté de la 148, Zac nous raconte combien le Pontiac est un endroit fascinant. Avec la colonisation, la région s’est peuplée très tôt d’Écossais et d’Irlandais. Linguistiquement, la région est un véritable patchwork de langues et de religions. On pourrait dire que la région est à 60% anglophone, mais ce serait oublier la multitude des origines et des histoires qu’on trouve ici.
C’est un système de cantons comme il n’y en a pas ailleurs au Québec. Dans la van, pendant qu’on file vers notre première destination, j’ai l’impression qu’à chaque village, on change de pays et de fuseau horaire : tantôt un village irlandais, tantôt un village francophone. Ici, sept églises anglicanes, là, une église catholique. Aujourd’hui, ces identités multiples se recentrent sur le tourisme de terroir, puisant dans de riches traditions familiales bien ancrées.
Et là, puisque tout ça donne soif, c’est le temps d’aller faire notre première dégustation à Shawville!

Premier arrêt: Little Red Wagon Winery
Où: 165 Chemin Calumet Ouest, Shawville, QC
C’est Scott qui nous accueille au domaine du Petit Chariot Rouge, bouteille à la main. Cet homme est équipé pour veiller tard, surtout dans sa grande salle de réception munie d’un grand piano à queue. Dehors, une grande terrasse offre une vue imprenable sur un horizon de calme tout champêtre. On cherche en vain Alizée, le légendaire golden retriever. Il a dû trouver un écureuil aux confins de la terre.
Au-devant d’une assiette généreusement garnie de fromages et de charcuteries d’ici, il nous raconte l’histoire de sa famille, tous des producteurs laitiers depuis cinq générations. On s’entend qu’à goûter leur fromage, on les croit volontiers. Tout le monde leur a dit que planter des vignes ne marcherait jamais, jusqu’à ce qu’ils se décident de se mouiller. C’était il y a treize ans. C’était tout un défi. Les vignes du Nord étaient encore une idée révolutionnaire.

Faire pousser du vin en terre de Québec n’a jamais été une mince affaire. Les premiers intendants de la Nouvelle-France ont bien essayé, mais la vitis vitifera du vieux continent n’aime pas trop les gels incessants de nos hivers rigoureux. Entre en jeu un certain Elmer Swenson de l’Université du Minnesota. C’est lui qui croisa la vitis vignifera et une vigne indigène du Minnessota pour créer les nouvelles vignes du Nord.

La dégustation termine avec une « piquette », une pétillante boisson sûrette issue d’une seconde fermentation. Un peu comme la petite bière issue d’un second brassage, la piquette était traditionnellement la boisson « abordable » des pauvres. Pourtant ici au Little Red Wagon, la Piquette est notre dessert de route, vif et écintelant dans sa pâle robe de canneberge. Au dehors, les vignobles dorent au soleil sous un vent chaud. On sent l’été dans l’air.

Arrêt numéro 2 : Cidrerie Coronation Hall
Où: 206 Chem. River, Bristol, QC
Le géant barbu qui nous fait de grands signes de la main est Greg Graham, un humain débordant de joie de vivre et de fierté. C’est à lui et à sa famille qu’appartient la glorieuse cidrerie de Bristol. Mais pour bien comprendre le sens profond de ce petit joyau du Pontiac, il faut remonter près d’un siècle en arrière, à l’époque des premiers trains du Québec.
Il existait jadis une pratique appelée tourisme des villages. C’était l’époque où Montréal découvrait une vocation pour les montagnes à travers les Laurentides grâce au « Train du Nord« . Bien avant cela, le Pontiac avait déjà un train. Enfin il y avait bien des rails, mais c’est le chevaux qui traînaient la patente. Imaginez parcourir l’Outaouais en calèche sur des bouts de fer!
Puis est apparu le Pacific Pontiac, qui a relié 12 villages du Pontiac à Hull sur une ligne de 92 kilomètres. Une vraie bouffée de fraîcheur économique, le train a développé les villages et insufflé du commerce sur toute la ligne.

Ça, c’était l’âge d’or de Bristol, dont le Coronation Hall était la fierté régionale. En été, les touristes débarquaient d’aussi loin que Montréal sur la ligne du Pacifique, logeaient au Pine Hotel juste à côté, puis passaient des soirées endiablées à danser au Coronation Hall. Mais dans les années 60, tout ce beau monde a disparu avec les nouvelles destinations exotiques.
Greg et sa famille trouvaient ça bien triste qu’un grand monument de la communauté se fasse ainsi rayer de la carte. La cidrerie Third Line Orchards existait depuis 2003. Greg et sa famille ont vu le Hall à vendre en 2008 et ont sauté sur l’occasion pour refaire vivre l’histoire de leur coin de pays. On continuerait à célébrer en buvant du bon cidre!

Et pour être bon, ce cidre-là était ridiculement délicieux. Moi qui ne me laisse pas impressionner par le type de boisson, je dois avouer avoir été solidement enivré par leur cidre houblonné. Disons que je n’ai pas dit non à un deuxième échantillon. Et ça, c’est juste le cidre. Ça vaut la peine de passer juste pour goûter la merveilleuse tarte aux pommes de Norma, la mère a Greg. Ça, et, évidemment, les pickles vendus à la boutique. Un autre incontournable, faites-moi confiance.

Arrêt numéro 3: Vignoble des Collines
Où : 415 Chem. Crégheur, Luskville, QC
Avant même d’être arrivés au vignoble, le groupe était déjà submergé par la majesté des lieux. Imaginez un grand auditorium de dizaines de kilomètres de large bordé par le mur d’une falaise couverte de forêt. Un grand mur de verdure entourant une plaine garnie de touffes de petits bosquets, sans bruit, sans vent. Et avec des vignes !
Le vignoble des Collines est un patrimoine en soi. L’un des premiers vignobles du Pontiac, avec près de quinze ans d’existence, c’est un domaine de plus d’une centaine d’acres. On y trouve même une érablière toujours en fonction.
Zac-Attaque nous sort de notre rêverie. Après une averse torrentielle sortie de nulle part, une percée de soleil nous accueille à la sortie de la van. Devant la porte, le charmant couple de propriétaires, Martin et Lyrette, nous invite dans la grange où la magie prend place. Le bâtiment est comme un véhicule dans l’histoire, orné de peintures d’artistes locaux.

On a droit à une dégustation de quatre de leurs crus, commençant par un blanc bien sec qui fait beaucoup de bien. Mon préféré, comme d’habitude, est le rouge, chaleureux et rond. S’ensuit un petit quiz sur les différents cépages. Le monsieur connaît son affaire ! Il nous parle des moûts de vins, du secret du vin orangé.
On se transporte à l’époque où la France des élites basculait du blanc au rouge, à l’avènement du monde moderne, et tout ça dans le confort d’un chalet qui sent bon. On se demande à partir de quoi, linguistiquement, on peut faire du vin. Est-ce que le vin de pissenlit compte ? Oui, mais ça dépend de la langue. Nous sommes estomaqués. À propos, on fait aussi du vin de fruits qui vient d’Angleterre.
Mais la surprise du dimanche, c’est la balade vers le vignoble. Notre hôte Martin nous emmène sur un petit promontoire pour regarder les vignes pleines de petits pépins qui deviendront de gros raisins en fin de saison. Les vignes descendent gentiment sur la pente douce en direction du Parc de la Gatineau. On se sent comme au sommet d’une forteresse.

Retour au bercail et doux souvenirs
Une fois passé la photo de groupe obligatoire sur le promontoire, c’est avec un brin de nostalgie que je reprends la route avec le groupe vers Gatineau. Au palmarès des émotions fortes offertes durant le tour, je compte la succulente et surchargée assiette de dégustation du Little Red Wagon, l’histoire improbable de la cidrerie de Coronation Hall, et le panorama inimitable du Vignoble des Collines.
Pour une expérience immersive complète qui vous remet dans l’histoire en bonne compagnie, je vous recommande chaleureusement le tour d’Aventure Outaouais : forfait de sept heures avec chauffeur-raconteur-sauveteur, 11 dégustations et trois arrêts inoubliables. Et oubliez pas les pickles!

Pierre-Olivier Bussières est l’animateur du podcast Le Temps d’une Bière, producteur de Hoppy History et directeur des ventes chez Uber Flix Studios. Il écrit sur les marchés de la bière depuis 2022.


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