La gueule de bois, un mal aussi vieux que le monde. Aujourd’hui, on se tourne vers des solutions modernes – un café bien noir ou une poutine bien grasse, en espérant que ça annihile toutes les mauvaises décisions de la veille. Mais autrefois, nos ancêtres ne manquaient pas de créativité, ni de courage pour remédier à leurs excès. En fait, ils y allaient souvent avec des recettes qui feraient pâlir même les plus aventuriers de nos contemporains.
Alors que vous pensiez qu’une petite aspirine serait bien suffisante pour remettre votre monde à l’endroit, préparez-vous à être stupéfait. Les civilisations anciennes rivalisaient d’imagination– pour inventer des remèdes aux lendemains difficiles. Des becs d’oiseaux broyés aux yeux de mouton marinés en passant par des colliers magiques en Égypte, ces cures avaient souvent plus d’impact sur le mental que sur le corps.
Accrochez-vous, la descente dans l’histoire des remèdes de gueule de bois promet des hauts, des bas, et surtout des haut-le-cœur.
Avertissement : À éviter si vous souffrez encore des effets de la veille.

La gueule de bois dans l’Antiquité
La Rome antique
S’il y a bien une civilisation qui a su honorer Bacchus avec tout le sérieux requis, c’était eux. Mais là où ça devient vraiment fascinant – et, soyons honnêtes, carrément bizarre – c’est leur idée de remède contre les lendemains de veille.
Oubliez vos jus vitaminés et vos espressos costauds. Les Romains avaient des solutions beaucoup plus… insolites
Les testicules de moineau dans de l’eau
Les Romains, pionniers du génie architectural, des routes pavées, et… des soupes bizarres.
Parce qu’apparemment, rien ne dit “Je vais mieux” comme un bon bol de testicules de moineau bouillis. Pourquoi le moineau ? Le mystère reste entier. Peut-être parce qu’il est petit et que ça ne fait pas trop à manger d’un coup. L’idée derrière tout ça était de restaurer la virilité perdue pendant la nuit.
À déguster chaud, bien sûr.
Le canari frit
Autre astuce culinaire ? Un canari frit. Vous avez bien lu. Cet oiseau innocent et chanteur était transformé en en-cas croustillant, censé, d’une manière ou d’une autre, éponger l’excès d’alcool. Peut-être pensait-on que si l’oiseau pouvait survivre en cage, il pouvait aussi faire le ménage dans leur estomac.
Qu’en pense la science moderne ? Elle n’a jamais vraiment validé ce concept. Il y a pourtant peut-être un génie caché dans cette folie : après tout, l’effet de surprise – voire d’horreur – de manger un oiseau frit pourrait bien être suffisant pour détourner l’attention de votre migraine.
La Grèce antique
Poumons de mouton et œufs de hibou
Vous pensez que les Romains étaient bizarres ? Attendez de voir ce que les Grecs proposaient. Ces philosophes si sages et raffinés passaient leur temps à réfléchir à la vie, l’univers, et… comment se remettre d’une brosse épique.
Leur remède miracle ? Une recette qu’un chef étoilé hésiterait à tester : une bonne portion de poumons de mouton accompagnée de deux œufs de hibou. Pourquoi ce duo improbable ? Eh bien, quand votre corps semble sur le point de se désintégrer après une nuit de Bacchanales, il paraît que rien de tel qu’un peu de poumon bien tendre et des œufs d’un oiseau à grosse tête pour remettre les choses en ordre.
On dit que cette potion était riche en nutriments et capable de régénérer même les esprits les plus affectés.
L’Égypte ancienne

Des feuilles vertes pour le foie
Tandis que d’autres civilisations optaient pour des remèdes étranges et exotiques, les Égyptiens, eux, préféraient une approche plus… fraîche. Leur secret ? La laitue. Oui, cette feuille verte souvent négligée qui trône fièrement dans vos salades.
Ils pensaient que se parer de feuilles avant de lever le coude leur permettait d’éviter les tourments du lendemain. Parce qu’après tout, quoi de mieux pour contrer les maux de tête et les estomacs retournés qu’une bonne dose de verdure croquante ? Gorgée d’eau et de nutriments, la laitue était en quelque sorte leur version antique de « boire un verre d’eau entre deux coupes de vin ».
À vos salades !
L’Asie du Sud-Est
Le cerveau de tortue séché
Pour calmer cet estomac fragile et cette tête qui tourne, quoi de mieux qu’un encas croustillant de cerveau de tortue séché ? Symbole de sagesse et de longévité dans de nombreuses cultures, la tortue semblait également détenir la clé pour remettre d’aplomb ceux qui avaient un peu trop levé le coude.
Pas de panique, inutile de capturer une tortue entière – ici, on se concentre juste sur son cerveau. Dégusté comme une chips croustillante, ce petit en-cas riche en protéines promettait de ramener un peu de clarté mentale. Et on doit admettre qu’il est plutôt sophistiqué, non ?
Idéal pour accompagner vos 5 à 7 arrosés.

Les Aztèques
Pulque et piments
Les Aztèques, véritables maîtres de la boisson fermentée, avaient leur propre élixir : le pulque, tiré de la sève du cactus d’agave. Mais leur stratégie pour soigner une gueule de bois était tout sauf commune : après quelques verres de trop, pourquoi ne pas siroter encore plus de pulque ?
Pour pimenter le tout – littéralement – ils y ajoutaient une bonne dose de piments épicés. La capsaïcine, ce composé qui donne aux piments leur chaleur, jouait ici un double rôle : soit elle camouflait les symptômes de la gueule de bois, soit elle détournait l’attention en créant une autre douleur, bien plus brûlante, celle de la bouche en feu.
Qui aurait cru que pour oublier un mal de tête, il suffisait de se concentrer sur une nouvelle source de douleur ? Dans tous les cas, ce remède ne manquait pas de mordant !

Les Perses
Des yeux de moutons marinés
Les anciens Perses avaient un remède pour les gueules de bois qui ne manquait pas de caractère : des yeux de mouton marinés. Pour eux, c’était le remède miracle contre les lendemains difficiles. Ces petites boules pleines de protéines et d’électrolytes étaient censées aider à reconstituer les fluides perdus et à apaiser les effets dévastateurs d’une soirée trop arrosée.
Ce remède, pour le moins audacieux, demandait une certaine force de caractère. En croquant dans un œil de mouton, le buveur pouvait littéralement « affronter son regard », un face-à-face intense avec le résultat de ses excès.
Au-delà du bénéfice supposé, c’était probablement un excellent moyen de dissuader de futures beuveries. Après tout, rien de tel qu’un regard perçant pour vous faire réfléchir à vos choix de la veille !

La Renaissance
Europe
Crâne humain pulvérisé
Pendant que Léonard de Vinci peignait la Joconde et que Shakespeare écrivait ses tragédies, les Européens, eux, se disaient : « Et si on mangeait du crâne humain pour soigner une gueule de bois ? »
Tout ce raffinement n’a apparemment pas empêché les gens de conclure qu’une bonne poudre de crâne dans un verre d’eau allait miraculeusement faire disparaître cette migraine post-festin.
Pourquoi du crâne, vous demandez ? Parce que dans la logique de l’époque, si la personne est morte, c’est que son crâne a bien fait son travail, non ? Autant en profiter et lui donner une seconde vie !
Avec un tel remède, la notion de « respect des ancêtres » prenait alors un tout nouveau sens. Une façon bien particulière de recycler et de soigner en même temps. Est-ce que ça fonctionnait ? Rien n’est moins sûr, mais au moins, ça garantissait de mettre les esprits à contribution !

Bien noter ses comparses se battant déjà pour sa poudre crânienne.
Oeil de mouton dans du jus de tomate
Vous trouvez désagréable l’idée de finir votre Bloody Mary le lendemain d’une fête ? Maintenant, imaginez y ajouter un ingrédient spécial : un œil de mouton flottant gentiment dans votre verre, prêt à vous fixer de son regard vitreux.
En Europe de l’Est, ce n’était pas un scénario tiré d’un film d’horreur, mais bien un remède pour surmonter une gueule de bois. Le jus de tomate, riche en vitamines et plutôt doux pour l’estomac, ça passe encore. Mais l’œil de mouton ? Là, on est ailleurs.
Peut-être que l’idée derrière ce mélange étrange était de faire face à votre gueule de bois avec une audace presque légendaire. Après tout, quoi de mieux pour prouver que c’est vous le patron que d’ajouter une touche aussi déroutante ? Une manière audacieuse de défier la douleur et de revendiquer votre territoire.
Époque « moderne »
Entre la Renaissance et l’époque moderne, l’ingéniosité humaine n’a pas manqué pour essayer de surmonter les lendemains difficiles. Les remèdes contre la gueule de bois ont continué à varier selon les régions, les cultures et, bien sûr, l’audace des buveurs. Voici quelques pépites des siècles qui ont suivi.
Europe
Eh oui! L’Europe fait encore preuve d’ingéniosité dans sa recherche de remède contre ce mal sans vergogne. Plus ça change, plus c’est pareil…
Du citron sous les aisselles
Vous pensez qu’un verre de citronnade bien frais ferait des merveilles après une soirée bien arrosée ? Pas si vite. Dans certaines traditions, ce n’était pas à boire que l’on pensait, mais à appliquer. Oui, vous avez bien lu : on frottait des tranches de citron sous les aisselles. L’idée ? Atténuer les effets de la gueule de bois en absorbant les toxines par la peau, là où elles seraient évacuées par la transpiration. C’était tout sauf rafraîchissant, mais peut-être que l’acidité du citron faisait diversion pendant que vous essayiez de reprendre vos esprits.

Le remède de cheval
Plutôt que de fuir ce qui vous a mis dans cet état lamentable, pourquoi ne pas en reprendre une petite dose ? Tel était le concept derrière « le remède de cheval » – solution consistant à boire un autre verre du même alcool qui vous a terrassé la veille. Apparemment cette pratique n’est pas seulement chose du passé : selon une étude, près de 11% des gens en gueule de bois chasseraient leur misère post-festif avec encore plus d’alcool!
Après tout, on guérit le mal par le mal, non ? Sauf que le remède ressemblait plus à prolonger l’agonie qu’à soigner véritablement cette fameuse gueule de bois.
Amérique latine
Immersion dans un bouillon de boeuf
Oubliez l’immersion 3D. Ici on parle des vrais enjeux : noyer son mal de tête dans du jus de boeuf. Il faut de la viande pour se sortir des limbes! Imaginez-vous immergé dans un bouillon de bœuf fumant. Pas de pommes de terre ni de carottes ici, juste vous, des protéines et du sel. L’idée est que tout ça pourrait réhydrater votre peau, et qui sait, peut-être recharger vos batteries après une nuit de folie.
Il paraît que le bain dans de la soupe de boeuf était une activité bien courue dans certains cerles du Moyen Âge jusqu’au 19e siècle. Voici un passage délicieux sur cette habitude de Alta Oscura:
Bien que les bains de bouillon ne semblent pas avoir été au menu des grands spas du 19e siècle, ils demeuraient une coutume populaire et médicale dans une large région géographique. En 1856, une Anglaise voyageant et séjournant chez une aristocrate dans la ville italienne de Macerata a été informée par sa servante locale que les bébés étaient souvent trempés dans un brodo lugo : un bouillon léger de veau maigre dont toute la graisse était écumée. Elle le recommandait pour le teint de la dame anglaise, car « il adoucit tout en nourrissant la peau. » Un texte médical allemand de la même année mentionne des patients atteints de typhus en Russie prenant des bains de bouillon dans le cadre de leur rétablissement.

Conclusion: Bizarre, mais efficace?
Bien sûr, bien d’autres remèdes ont été tentés dans l’histoire. Aujourd’hui, on sait que l’hydratation, le repos et quelques bons nutriments sont des moyens fiables pour venir à bout d’une gueule de bois.
Mais il est tout de même fascinant de voir comment nos ancêtres ont affronté ce même combat. Entre les oiseaux frits et les yeux marinés, ces remèdes d’autrefois révèlent une vérité universelle : peu importe l’époque, les gens ont toujours trouvé un moyen – parfois très étrange – de tenter de se remettre d’une nuit bien arrosée.
Alors, même si lors de votre prochain festival de bière artisanale, vous ne vous jetez pas sur des poumons de mouton ou des becs d’oiseau moulus, c’est tout de même rassurant de savoir que l’ingéniosité pour soigner une gueule de bois n’a jamais manqué au fil de l’histoire. La prochaine fois que vous ressentirez les effets d’une soirée bien chargée, remerciez le ciel pour l’ibuprofène et une bonne tasse de café !
À noter quand même : j’ai travaillé avec un psychiatre qui m’a conseillé de prendre 2 comprimés de 500 mg de paracétamol avant de boire, et 2 autres après. À l’époque, dans ma vingtaine, ça fonctionnait à merveille. Mais bon, autre époque, autre moeurs ?

Mikael Labonté Routhier est pigiste, consultant traducteur et réviseur. Dans ses temps libres, il accumule des piles de livres sur les épisodes les plus loufoques de l’histoire, et de temps en temps, pour le temps d’une bière, il écrit dans son fameux style amoureusement incisif.



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