Le vendredi, 24 novembre à 16h, MaBrasserie annonçait la fin de ses opérations sur sa page Facebook,
MaBrasserie a indiqué dans son communiqué qu’elle faisait face à de nombreux défis depuis la pandémie, notant notamment la hausse du prix du loyer, à laquelle s’ajoute l’augmentation des dépenses, surtout pour les matières premières.
Ma Brasserie, Notre Brasserie
MaBrasserie opérait selon le modèle d’affaires d’une coopérative qui offrait son équipement, ses services, son soutien et sa passion à d’autres brasseries de l’ile de Montréal. L’idée était de fournir un espace et un équipement de brassage à la communauté microbrassicole. Ma Brasserie était un véritable hub de l’innovation brassicole, à la fois spacieux et chaleureux. Pendant un certain temps, l’Isle de Garde et le Broue Pub Brouhaha y brassaient leur bière.

Comme beaucoup d’autres microbrasseries, MaBrasserie s’était démarquée pendant la pandémie en lançant des plats à emporter très appréciés dans le secteur. Cependant, l’intérêt renouvelé pour la bière artisanale pendant les périodes de couvre-feu ne s’est pas maintenu, et le retour en présentiel dans les bars a été décevant à travers la province…

Une année sombre pour les microbrasseries québécoises
Il y a deux semaines, la fermeture des Brasseurs du Temps a marqué la disparition de la plus ancienne microbrasserie de l’Outaouais. Cela porte à 11 le nombre de fermetures pour l’année 2023, un record comparé aux années précédentes.
Si la tendance se maintient, 2024 s’enligne vers un tout aussi triste bilan. L’industrie brassicole fait face à des défis complexes tels que les coûts élevés de démarrage, une forte concurrence, des revenus faibles, l’inflation, etc. À cela s’ajoute la réglementation gouvernementale, un fardeau silencieux qui pèse quotidiennement sur les épaules des brasseuses et des brasseurs du Québec.
Bien que certaines microbrasseries ont le vent résolument dans les voiles, aucune n’est à l’abri de la conjoncture économique. D’un côté, les jeunes délaissent massivement l’alcool pour les breuvages santé, et d’un autre, les succursales restent à moitié pleines par rapport à 2019, sauf exception.
Un autre grave problème est celui de l’ajustement du volume à la demande. Les modèles restaurant + embouteillage + distribution, surtout chez les jeunes microbrasseries, est terriblement sensible à une baisse du marché. En revanche, les brewpubs à petite production qui ne vendent que sur place tirent plus souvent leur épingle du jeu, pourvu que les fans soient au rendez-vous.
Le bièrologue Pascal Ladouceur s’inquiète sur la situation des microbrasseries, ceux qui vont réussir à survivre sont ceux qui vont savoir donner un plus value à leur micro, quitte à sortir du monde de la bière. Même son de cloche chez Mario d’Eer, un autre observateur vétéran de la chope artisanale québécoise, qui crait lui aussi à une autre vague de fermeture.
Pascal voit tout de même de l’espoir du côté des partenariats. Un autre espoir, particulièrement dans les plus petites villes, est micro-tourisme. On voit de plus en plus de touristes au Québec qui planifient leur itinéraire en fonction de l’offre artisanale.
Les microbrasseries au Québec en résumé
En septembre 2023, la province de Québec comptait 331 permis de brassage, dont 98 étaient des permis de brassage artisanal et 236 étaient des permis de brassage industriel. Quant à lui, le nombre de brasseries a doublé depuis 2018, tandis que le nombre annuel de révocations de permis a explosé, avec plus de 36 permis révoqués en 2021. En plus de l’inflation des ingrédients et de la cherté du houblon, les coûts de démarrage atteignent facilement un million et demi de dollars.
Addendum : quelles brasseries ont cessé leurs opérations en 2023?
En 2023, les brasseries suivantes ont cessé leurs opérations. Prendre note que toutes les arrêts d’opération ne sont pas nécessairement des fermetures. Les fins d’opérations sont donc: Cap-Gaspé, La succursale (pub ouvert), le Trèfle noir (pub ouvert), le Mouton noir, Bockale (ne brasse plus au Québec), L’Assoiffée (repris depuis par La Shop à bière), Vida, Monsieur malt, Brasseurs du Temps (BDT), Oshlag (production déménagée à Terrebonne), Éléments (repris par la Buvette du quartier, la Station (possiblement un déménagement) et la production du St-Houblon serait rendu chez BDM, mais le permis est encore actif.
Pierre-Olivier Bussières
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