Napoléon Bonaparte était connu non seulement pour ses stratégies militaires audacieuses et ses réformes politiques révolutionnaires, mais aussi pour son attitude frugale en matière de nourriture et de l’alcool. Découvrons les plaisirs coupables de l’empereur !
Napoléon, un homme frugal
Napoléon Bonaparte, souvent dépeint comme un homme intense et déterminé sur le champ de bataille, avait une attitude tout aussi sérieuse en matière de nourriture. Sa frugalité était légendaire et il préférait les repas simples et rapides aux banquets somptueux. Cette attitude est probablement due à son éducation corse, où la simplicité des ingrédients était valorisée.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeune Corse n’était pas un gourmand. Les rapports historiques suggèrent que ses repas se composaient souvent de plats simples, tels que des soupes, des viandes maigres et des légumes. Dans le meilleur des mondes, Napoléon plongeait un bon morceau de viande dans une soupe et s’estimait heureux. En revanche, ses repas durent rarement plus de vingt minutes. L’esprit fixé sur ses calculs géopolitiques, Napoléon dévore plus qu’il ne mange. Louis Étienne Saint-Denis, valet de chambre de Napoléon, décrit la configuration habituelle des repas de son maître :

Le dîner était plus élaboré, la table plus richement servie, mais il ne mangeait jamais que des plats très simplement cuisinés, que ce soit de la viande ou des légumes. Un morceau de fromage Parmesan ou Roquefort clôturait ses repas. S’il y avait des fruits, on les lui présentait, mais s’il en mangeait, c’était très peu. Par exemple, il ne prenait qu’un quart d’une poire ou d’une pomme, ou une petite grappe de raisins.
Ce qu’il appréciait particulièrement, c’étaient les amandes fraîches. Il les aimait tellement qu’il en mangeait presque tout l’assiette. Il aimait aussi les gaufres roulées dans lesquelles on avait mis un peu de crème. Deux ou trois pastilles étaient tout le bonbon qu’il mangeait. Après ses repas, que ce soit le petit-déjeuner ou le dîner, on lui servait un peu de café, dont il en laissait souvent une bonne partie. Jamais de liqueurs.
Que buvait Napoléon Bonaparte?
Le vin préféré de Napoléon était le Chambertain, un cru de Bourgogne qui existe encore aujourd’hui. Ce vin est généralement élaboré à partir du cépage Pinot Noir. Son goût est souvent décrit comme complexe, riche et élégant. Aujourd’hui connu sous le nom de Gevrey-Chambertin, ce vin est protégé depuis 1936 sous le label AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). Les vins de cette appellation sont situés sur la même commune que les vignobles de la Côte de Nuits. L’appellation Gevrey-Chambertin provient de la contraction des hameaux de Gevrey et de Chambertin.
« Il faisait usage de chambertin à son ordinaire, qu’il trempait fortement d’eau ; jamais ou bien rarement, il faisait usage de vins extra ou de liqueurs. »
Louis Marchand, premier valet de Napoléon
Il s’agit d’un vin généralement âgé de 5 à 6 ans, fourni par la Maison Soupé et Pierrugues à Paris. Chambertain le suit d’ailleurs de Paris en Égypte. Il n’est pas une campagne où le célèbre vin de Bourgogne ne soit assidûment servi à la table de l’empereur.
N’oublions pas qu’à l’époque, les bouteilles de 50 centilitres étaient plus courantes que celles de 75 centilitres, ce qui faisait de la bouteille refroidie à l’eau une boisson beaucoup plus sobre. De plus, l’Empereur avait des exigences strictes : l’eau devait provenir de la Méditerranée et être glacée. En Corse, il est d’usage d’ajouter des glaçons au vin.
Même à la campagne, le Chambellan est mis à l’abri dans une voiture qui, comme l’écrit Le Figaro, fait office de cave à vin pour les besoins de la cause. Sa prédilection pour le bon vin avait également des conséquences logistiques importantes. À l’époque, aucun sulfite n’était ajouté pour protéger le vin de l’oxydation, de sorte que le précieux breuvage tournait rapidement à l’aigre. Mais il n’était pas question de rester les mains vides si loin de chez soi, et surtout pas après une victoire militaire !
Napoléon ne buvait pas exclusivement du Chambertain, mais il avait certainement une forte prédilection pour le Bourgogne (et évidemment pour les vins français). Dans sa récente superproduction sur l’empereur Napoléon, Ridley Scott ne mentionne pas directement Chambertain, mais prend soin de faire avouer à Napoléon son amour du vin de Bourgogne.
Le champagne faisait également partie de son top 5, mais il était réservé aux grandes occasions, notamment aux victoires militaires. L’empereur aurait avoué :
Je ne peux vivre sans champagne, en cas de victoire, je le mérite, en cas de défaite j’en ai besoin.
Enfin, on rapporte que le deuxième vin préféré de l’empereur était le Pouilly Fumé, un vin blanc de la vallée de la Loire. Les sources à ce sujet sont cependant plus rares et moins fiables.

Le Château Malmaison : lieu de tous les alcools
Joséphine de Beauharnais, première épouse de l’empereur, est un témoin important de l’éventail gastronomique de la table de son cher Napoléon. Dans son château de Malmaison, un inventaire de cave datant de 1814 recense pas moins de 13 000 bouteilles, ce qui donne une bonne idée des soirées passées à boire dans l’hôtel particulier de l’entourage de Napoléon. La Malmaison était un lieu connu et apprécié. C’était non seulement le lieu des intrigues, mais aussi, pour beaucoup, celui des nouveautés en matière de boisson.
Au menu, un véritable défilé de vins prestigieux, des champagnes pétillants, des Côtes du Rhône qui le font rougir de jalousie, et même des vins du Rhin qui naviguent jusqu’à sa table. Ajoutez à cela des Muscats de Lunel et de Roussillon, un trait de vermouth et quelques liqueurs italiennes et insulaires, et vous avez le tableau complet de l’orgie alcoolique impériale !
Le clou du spectacle ? Le rhum, nouveauté du Nouveau Monde, enchante les invités, souvent servi sous forme de punch. Les Européens, qui se réjouissent du goût « exotique » de cette boisson, ne se doutent pas qu’elle est fabriquée sur le dos de légions d’esclaves, qui y trouvent une maigre pitance après de longues journées de labeur.
Un dernier vin pour l’exil à Saint-Hélène
Napoléon a été exilé sur l’île de Sainte-Hélène après sa défaite à Waterloo en 1815. L’île est éloignée de tout, afin que personne n’ait l’idée d’aller secourir le petit capitaine. Au déshonneur de l’échec militaire et de la destitution politique s’ajoute l’absence du bon Chambertain. Après tout, ce vin plutôt léger n’a pas supporté le long voyage vers l’île isolée. Les Britanniques ont bien essayé, mais ils ont finalement renoncé : le bon Chambertain finirait inévitablement par se retrouver sur l’île sous forme de vinaigre.
Pour remédier à ce petit problème, Napoléon a bu un Constance, un muscat du Cap, en Afrique du Sud. Napoléon était connu pour apprécier le vin Grand Constance. Son épouse, quant à elle, était passionnée par les vins de Bordeaux. Selon Groot Constantia, l’empereur se faisait expédier 30 bouteilles par mois de Grand Constance à Sainte-Hélène jusqu’à sa mort en 1821. Le domaine est considéré comme le plus ancien d’Afrique du Sud, puisqu’il produit du vin depuis 1685.

Sources
- Le chambertin de l’empereur Napoléon
- What were we drinking at Napoleon’s table?
- What did Napoleon like to eat and drink?
- Le prof en liberté #34 – Napoléon buvait-il vraiment du chambertin ?
- Quel vin buvait Napoléon?
- Pouilly-Fumé
- Napoléon, l’homme qui aimait le vin
- 200 year old ‘Napoleon wine’ up for auction
- Ridley Scott réalise son premier vin (et prépare la suite)


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