Épisode 7: Comment brasser une révolution industrielle en Angleterre 🍺🍻

🍺 🍻 Quand la révolution industrielle surgit en Angleterre, vers 1760, il y a un type de bière qui fait pignon sur rue un peu partout à Londres. Elle est sombre, fortement alcoolisée, bien houblonnée, sèche et opaque. C’est la bière Porter. On la trouve dans toutes les tavernes et sur toutes les tables, et elle portera la révolution industrielle anglaise dans tous les gosiers. Vous connaissez ses héritiers sous le nom de Stout, une survivance qui a bien mieux vieilli.

Le Porter est l’un des premiers produits à être manufacturé, standardisé, et exporté avec le soutien de la fameuse machine à vapeur. C’est logique: les brasseries sont parmi les premières à utiliser la machine!

Vers le début du 19e siècle, Londres atteint des sommets vertigineux de production brassicole. Aidées par des mesures fiscales avantageuses, certaines brasseries disposent de cuves si énormes qu’on peut y tenir un banquet de 40 personnes (ça deviendra une véritable guerre de clocher). Ces proportions épiques permettent de telles économies d’échelles qu’elles ruinent carrément les petits entrepreneurs et les commerces de famille, incapables de suivre la marche impitoyable du progrès. Par un étrange revers de fortune, la bière s’appauvrit tout en s’enrichissant. C’est à la fois l’âge d’or et l’âge des ténèbres de la bière.

Comme disait l’autre, It was the worst of pints, it was the best of pints. Car le petit stratagème des grands de brasseurs pour échapper aux taxes et rafler de grosses marges va éventuellement être rattrapé par l’impôt. Puisque le prix de la bière est fixé, mais que le prix des ingrédients augmente en même temps que la taxation, les brasseurs commencent a édulcorer, diluer et altérer leur bière de manière à garder la tête sous l’eau. Vers la fin du 19e siècle, le Porter est en déclin, remplacée par de nouvelles Ales pâles en Angleterre, et remplacée par la pétulante Lager sur les marchés d’exportation.

Petite précision sur la Porter Impérial Russe. Il s’agit en réalité d’une Stout Impériale Russe, un type de Porter qui tire son nom de sa plus haute teneur en alcool (Stout signifie plus ou moins dire costaud et robuste). Celle-ci, parfois deux fois plus alcoolisée, est particulièrement prisée dans les pays Baltes et en Russie au 19e siècle.

Il faut dire que ça aide d’avoir le taux d’alcool à fond la caisse pour de très longs voyages en mer, où les assauts des vagues et les changements de température peuvent mettre à mal les bières moins alcoolisées. C’est en partie parce qu’elle était largement consommée a la cour de l’Empire Russe que la Stout prend son nom de bière Impériale. Buvez en deux et vous aurez peut-être, justement, un mal de tête impérial.

🔴 Pour faire fermenter cet épisode, on vous suggère ces lectures:

📣 Gourvish and Wilson, The British Brewing Industry, 1830-1980

📣 3 Mathias, The Brewing Industry in England, 1700-1830

📣 Change Is Brewing: The Industrialization of the London Beer-Brewing Trade, 1400-1750, John R. Krenzke

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